jeudi 13 mars 2008
Mes sonnet (4)
Par André Laugier, jeudi 13 mars 2008 à 19:14 :: Mes sonnets (4)

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Le fleuve s’agençant en douves naturelles,
Aux turbulentes eaux, glacées, couleur d’airain,
Contourne le château et l’enclos riverain,
Offrant un fin vernis d’agrestes aquarelles.
Dans les haies soutenues – fragiles passerelles –,
Où se glisse, léger, le merle souverain,
Son chant, dans le matin, résonne bien serein,
Se répand dans l’azur : accortes ritournelles.
Plus loin, sur les vallons, les feuillages tardifs,
Tels des rameaux dolents et bien dubitatifs,
Semblent prier le ciel au délai de clémence.
Sur les flancs duveteux des guérets départis,
Amanites, bolets, ont l’humus pour semence,
Trouvant leur fondement aux composts assortis.
SANS FARDS
Souffrez que mes soupirs, divine fille d’Ève,
Enflamment, effrontés, vos moments apaisés,
Et ne gourmandez point si mes espoirs osés
Se font pressants, et si de volupté je rêve.
Vos charmes obligeants mon appétit soulève
– Belle Dame –, au transport de désirs aiguisés ;
Si l’écart de conduite a ses bouquets prisés,
Partageons, je vous prie, la libertine sève.
M’étendre à vos côtés et titiller vos seins,
Insolents et vaincus, s’offrant aux troubles sains,
Embrasent mes pensées en souhaits de délices…
Puis caresser vos flancs, me griser, et, sans fards,
En votre nid d’amour où nous serions complices,
Gémir dans le frisson de nos ébats paillards.
AI-JE L’HEUR DE VOUS PLAIRE
Je vous aime et vénère en vous cette lumière
Qui, jour et nuit, exerce en mon cœur soupirant,
Cet accort sentiment, ma paupière éclairant
D’un ris qui, sans cautelle*, à senteur printanière .
Ai-je l’heur de vous plaire, en tenir la manière,
Au désir qui me brûle en un feu déchirant,
Pour espérer séduire, et d’un mot rassurant,
Obtenir vos faveurs d’une chaleur entière ?
Nos deux cœurs langoureux comme un parfum de fleur,
Vogueraient aux saisons d’un frisson enjôleur,
Faisant sourdre à nos yeux bien admirables grâces.
Doncques est-il mon âme un espoir à chérir,
Qu’une flèche éperdue, et non point de disgrâces,
En mes rets excités veuille bien conquérir.
* Sans ruse, sans artifice.
EN UN LOINTAIN REFRAIN
Les bosquets, les ruisseaux, les tapis de verdure,
Chantent le temps d’automne en murmures feutrés,
Sous l’aquilon du soir dont les flux concentrés,
S’infiltrent, arrogants, dispensant leur morsure.
Le galant manteau roux, séduisante parure,
Qui veloute l’humus de brins enchevêtrés,
Dans le souffle du vent aux accents orchestrés,
Fait valser, au sous-bois, les fanes en mesure.
Et l’air fraîchit quand glisse en frissons, sans surseoir,
Un bien soporatif linceul qui laisse choir
Ses atours empourprés au déclin des lumières.
Les Napées, dont le chant rythme un lointain refrain
D’harmonie et de paix, naissant dans les clairières,
Ont un son langoureux qui de grâce m’étreint.
POÈTE QUI ES-TU ?
Poète qui es-tu ? As-tu franchi les âges
Pour dispenser l’amour religieusement ;
Messager, serviteur qui, indéfiniment,
Poursuis l’étrange quête en d’heureux héritages ?
Poète es-tu voyant, sage parmi les sages,
Livrant tes visions, tes rêves, l’agrément,
Dont ta Lyre, en douceur, murmure au sentiment ?
Qui, mieux que toi, pourrait mêler les témoignages ?
L’insénescence dont se nourrissent tes vers
Et ta lucidité n’ont réel univers,
Qu’un bienfaisant amour, harmonie en partage.
Ta prose est poésie dont les mots sont captifs,
Libres de s’assembler car ton cœur n’est otage
Que d’un serein regard : charmes méditatifs.
CRÉPUSCULE HIVERNAL
Quand les feux du couchant rougissent la ramure,
Les sons plaintifs du bois se chargent de pudeur,
Tels des notes flottant perdues dans la candeur
Du milieu hivernal, d’envoûtante parure.
Et le bruit riverain d’un ruisseau qui murmure,
Me glisse son écho, joyeux et gambadeur,
Échappé de la cluse en un chant de grandeur,
Qui s’élève et se perd comme une déchirure.
Sous l’ombre et la fraîcheur d’un essaim de bouleaux,
Dont la voûte feuillue abrite les oiseaux,
Les vapeurs de l’azur sont les vers du poète.
La sylve s’ensommeille en ses subtils secrets,
Quand l’aiguisé poignard du froid, soudain, projette
Sa morsure à mon souffle, à mes pas indiscrets.
JOURS D’OCTOBRE
Comme le ciel est lourd, l’humus froid et humide,
En ces journées d’automne où les ormes vieillis,
Aux rameaux détrempés, dressés dans les taillis,
Semblent frémir d’exil sous la foudre intrépide.
Octobre a tapissé sa broderie splendide
De fanes habillant les sous-bois assaillis,
Dont les bistres couleurs, d’agréments recueillis,
Sont les reflets dorés de vision languide.
Je reste à regarder, noyé dans l’engouement,
L’empreinte de rousseur m’invitant galamment,
À fouler de mes pas ce troublant sanctuaire.
Instant d’éternité, tonique et lénitif,
Tandis que la fougère épaisse prolifère,
Et qu’en cours de chemin tout devient perceptif.
LA PRESENCE SANS ÂGE
Pensif, regard noyé vers le dense feuillage,
Poète ouvrant son cœur au soir silencieux,
J’ai ralenti mon pas à l’appel gracieux
De la Nymphe des bois, dont l’envoûtant langage
Au coucher du soleil, délivre son message.
Images de douceur, de parfums précieux,
Mélodie des ruisseaux : bruits délicieux ;
Dryade je pressens ta présence sans âge.
Dois-je philosopher aux portes de la nuit ?
Mêler ma poésie vers le Temps qui s’enfuit
En une hypocondrie teintée de pétulance ?
Sentiments courtisans et l’esprit amoureux,
Dans la candeur mystique aucune équivalence
Ne peut se comparer à mes rêves fiévreux.
J’AI PRIS CONGE DE VOUS…
J’ai pris congé de vous beaux jardins de verdure ;
Sanctuaires de paix, berceaux du Périgord ;
Belvédères, vallées et cours d’eau en accord,
Dont l’authenticité adorne la Nature.
Prairies, forêts, châteaux, qui m’offriez la peinture
De secrètes couleurs, ourdies par un décor
Sculpté jalousement au Temps dont le support,
Chargé de volupté, a créé la parure.
Labyrinthes de buis ordonnaient mon parcours,
Éveillant mes pensées, leur donnant libre cours,
Fleurs, senteurs déclinaient lumière et poésie.
Mes souvenirs, mon cœur, semblent crier en vain ;
Aux rigueurs de mon sort ma pensée dessaisie,
S’égare en ce refuge où le songe convainc…
VUE DE MER
Sur l’onde saturée où le soleil se moire,
L’escorte des voiliers traverse l’horizon,
Où, dans la fluidité qui suit leur flottaison,
Des paillettes d’argent suivent leur trajectoire.
L’océan est un lit où songe un vent d’histoire,
Nourri d’une eau turquoise, authentique blason,
Inégal, solennel, et sans comparaison,
Lustre des éléments en sa magie notoire.
Je suis comme l’aède au seuil de l’Unité,
Fleurissant mes pensées en toute humilité,
Visage caressé par la lutine brise.
Le vol des goélands dans le ciel éthéré,
Vient rompre le silence, et soudain colonise
Aux douceurs de l’instant, un espace inspiré.
VÉNÉRATION
Ronsard, roi du sonnet et prince des poètes,
Comme Clément Marot, ou monsieur Du Bellay,
Vous donnâtes aux vers l’étendue d’un palais,
Ciselant la mesure en des rimes parfaites.
Enfin Malherbe vint, révélant les facettes
D’une juste harmonie, et prenant le relais,
Faisant sentir au mètre un accord de ballet,
Où le Verbe, dansant, rend les beautés discrètes.
Saint-Amant dans la fougue, et Boileau, souverain,
Dans leur art poétique, et dans l’alexandrin,
Flattèrent sa rigueur, son approche formelle.
Qui mieux que Baudelaire embrassant sa beauté :
Force Pythagorique où l’ordre s’y constelle,
N’y offrit plus d’éclat ; Verlaine en parité ?
CRÉPUSCULE
Le soir pointe son masque et la brise légère,
Se déplaçant vers l’est, chargée d’odeur d’humus,
Répand dans les grands champs, sous l’œil vif de Vénus,
Sa chape ébénéenne, habillant la fougère.
Au loin, sur les sommets, dans le déclin solaire,
Teintant de vermillon de clairsemés nimbus,
Rémiges écartées, deux aigles font chorus,
Planant vers une proie dans le crépusculaire.
Dans ce jour finissant, sous les premières taies,
Écran silencieux absorbant les futaies,
Je laisse mes regards errer au firmament.
Puis, séduit aux vapeurs des clartés dispersées,
J’adresse à la forêt, tel le fait un amant,
Ce baiser solennel : bucoliques pensées…
LE GARLABAN
C’est le lieu de Pagnol : romance à chaque hectare,
Hymne d’un patrimoine inondé de soleil ;
D’Aubagne à Roquevaire un décor sans pareil,
Quand, du chant des grillons, la nature s’empare.
Sillonné de sentiers, par plaisir on s’égare
Entre Allauch et Marseille, et on suit le conseil
De nos sens qui séduits, et toujours en éveil,
Nous convient, envoûtants, au paysage rare.
À partir de la Treille où fleure bon le thym,
Et quand dans les grands pins, dès le petit matin,
Les cigales en nombre y stridulent, languides,
J’ai gravi plusieurs fois l’imposant Garlaban
Sa butte des Pinsots, et ses massifs arides,
En pensant à Marcel, à Lili, gambadant...
UN MATIN DE PRINTEMPS
Quand glisse le matin l’offrande du soleil,
Vers l’heure où l’ombre fuit quand la nuit agonise,
Le poète affecté rend grâce et solennise
Ses aveux alanguis aux bosquets en éveil.
L’azur encor timide, à nul autre pareil,
Quand la clarté dorée sur la brume intronise
Le doux rayonnement qui, dans l’air, vaporise
Son habit de lumière à l’horizon vermeil.
Tel un lit familier d’harmonie que convoite
Mon regard courtisan dans l’atmosphère moite,
Les draps sont un tissu de mélilot soyeux.
Les chênes burinés, vêtus de ramée dense,
S’étendent souverains, branchages orgueilleux ;
Les rossignols, déjà, chantent leur confidence.
QUAND J’OFFRE MON REGARD...
La terre a retrouvé les essences subtiles,
Au berceau du printemps d’intense floraison,
Laissant sur son parcours l’éclat d’une saison,
Au jardin de mon cœur, en mes émois fébriles.
Mille fleurs de velours, aux pétales graciles,
Comme un baiser troublant égarent ma raison ;
Fiançailles du ciel au sein d’une oraison
Où médite mon âme et des pensers tranquilles.
Mon regard s’offre au ciel, aux champs et au secret
Des couleurs, des parfums quand j’observe, à l’adret,
Un cours d’eau vagabond qui habille l’herbage.
Et le vert céladon des rameaux généreux,
Abrite les pinsons, dont le charmant plumage
Reçoit les premiers rais d’un soleil amoureux.
MES REGARDS SONT RÊVEURS
La rosée du matin offre une perle aux fleurs,
Dont chaque goutte accorde un cristal aux pétales,
Et irise les prés des terres provençales,
Quand les rayons naissants accentuent les couleurs.
Les tilleuls, alentour, exhalent leurs senteurs,
Arômes parfumés d’essences pastorales,
De miel qui se répand aux douceurs matinales,
En embaumant l’azur de courants séducteurs.
Mes regards sont rêveurs aux bienfaits de la bise ;
Moments révélateurs quand le cœur poétise
En muet interprète aux sources du bonheur.
L’éclat incarnadin des roses n’est que grâce ;
Les grappes de genêts dressent, dans la tiédeur,
Leurs rameaux flavescents où le soleil s’enchâsse.
MAÎTRES AU CHANT ROYAL
Poètes du passé, sur un lit d'immortelles
Vos vers semblent danser et défier le Temps ;
Et, comme un Chant Royal au parfum de printemps,
Tous vos glorieux noms fleurissent sur vos stèles...
Je respire aux beautés des rimes éternelles,
Aux mètres réguliers, dont le charme d'antan
A marqué mon esprit, quand mon coeur palpitant
S'abandonne à l'envie de vos plumes modèles.
Au sein de vos recueils je m'attarde, pensif,
Pénétré d'un esprit serein et intensif,
Déchiffrant les secrets que ma raison présume.
Dieu, quelle intensité dans l'ornement formel,
Instruit par vos talents consommés où j'exhume
Le si doux parangon au pied de votre Autel.
LE BOUTE-EN-TRAIN
Je suis né pour l’humour dans l’amour de l’humeur,
Humant amène, amant, quand se pâme mon âme
Dans les moments charmants au bonheur que réclame
Mon trait moqueur, farceur, du parfait pasticheur.
Dans mon comportement, dévotement rimeur,
Dont l’engouement dément me convie et m’acclame,
Fabulateur, brodeur, oseur, si je me pâme,
C’est bien l’ego farceur qui m’attire : charmeur.
Gourmand du mot qu’il soit paronyme, homonyme,
S’il imprime et exprime un côté ricaneur,
Magnanime, il me charme et devient synonyme
D’un transport amoureux, anonyme, enjôleur,
Que je signe en mon nom et pas d’un pseudonyme :
Marque d’un boute-en-train tout à fait légitime.
QUAND LE SONNET ME SONNE
J’ai rimé au sonnet sa forme canonique,
Le libérant, aussi, de son carcan légal,
Sans trahir, toutefois, son esprit magistral,
Son statut rigoureux et son côté mythique.
Conforme au rituel, à son emblématique,
Ce n’est que sur le fond, qu’un peu chirurgical,
Sacrifiant l’effet souvent transcendantal,
J’ai remplacé l’épique en farce drolatique.
Je lui ai fait jouer un rôle plus zélé,
Déridant son aspect classique, auréolé
D’un solennel blason lesté de conformisme.
Au fleuron de mes mots, parodie, calembour,
Pastiche, badinage, et un peu d’onirisme,
Ont cédé à ce chant grande place à l’humour.
PARODIE AU SONNET
J'ai fait rimer ces pieds un peu en sens contraire,
Contraire au règlement qui doit régir les vers,
Vers ainsi bousculés, au style téméraire,
Téméraire et badin aux choix les plus divers.
Divers sont les motifs que ma Muse tolère,
Tôt l'aire de ce jeu y couchant à l’envers,
Envers et contre tout la rime que je gère :
J'erre, souvent conquis, dans l'abstrait, de concert.
Concert exubérant, excitant le propos,
Propre au mètre frondeur dont je suis le suppôt,
Suppôt respectueux d'humour de comédie...
Comme est dit maintenant le fond de ma pensée,
Pensez mes chers Lecteurs que cette parodie,
Pare au "dit" qu'on dira, n'est pas si insensée.
AU VELOURS DES SAISONS
Au versant d’un coteau inondé de lumière,
Où, sous un soleil d’or, me parvient le bouquet
Des fines fleurs des champs, dès le potron-jaquet,
J’aperçois les maquis de pampres et de lierre.
Au fond de la vallée s’épand, hospitalière,
Une treille aux rameaux feuillés d’aspect coquet,
Dont un raisin muscat bénira au banquet
Des vignerons heureux au sein de leur chaumière.
Les collines coudoient, de leur calme contour,
Un paysage agreste, inégal au labour ;
Rocailleux, mais du ciel ayant la providence.
Le velours des saisons, conquérant et galant,
Séduit plus d’un poète au cadre ensorcelant,
Ayant pour compagnon le pinson en romance.
UNE GÊNE EXQUISE*
Sonnet tu m’as élu au balcon des poètes,
M’accordant, bienveillant, les clefs de ton esprit ;
Me révélant ton souffle au sentiment compris
D’avoir franchi le seuil d’exigeantes conquêtes.
Au corset bien étroit de tes rimes coquettes,
L’écho parle à l’écho, et le mètre s’inscrit,
Deux fois se réfléchit au mouvement construit,
Pour former cet écrin aux syllabes parfaites.
De là tient ton génie : toute ta fonction.
Telle une architecture où l’implication
Doit griffer, cohérente, en fond et puis en style.
Si l’on souffre, parfois, de ton côté formel,
Cette gêne permet un envoi solennel
Pur conclure, brillant, au concetto fertile.
PER MOUN PAÏS
Musique du printemps qui rythme ma Provence,
Au son des galoubets, au bruit des tambourins,
Dont l’écho se répand de Maillane, en refrains,
Et traverse la Crau jusqu’à Saint-Paul-de-Vence.
La terre, le ciel, l’eau, jouent de leur influence,
Epousent l’horizon, l’odeur des romarins ;
Dans les bosquets fleuris, délectables écrins,
Chardonnerets, linots, y chantent leur romance.
Loin de l’effort humain, au pays de Mistral,
De Daudet, de Giono, dans un azur sans ride,
Le pourpris qui m’entoure en devient théâtral.
En un tel paradis qui me rend indolent,
Sous un soleil jumeau Julie aimait Ovide,
Et Virgile aurait pu y signer son talent.
SONNET PASTORAL
J’idolâtre en secret, au milieu des guérets,
Le sein harmonieux de l’intime nature,
Et il plait à mes sens, gourmands de sa peinture,
D’imprégner le regard et l’ouie guillerets,
Partagés aux doux chants des beaux chardonnerets,
Ainsi qu’aux teints pastels offerts en couverture.
Or, déjà le soleil étend sa chevelure,
Vaste océan de vie collectant dans ses rets,
Les tapis de verdure – alchimie de lumière –,
Entre les coteaux bleus couronnant la chaumière,
Offrant aux papillons un refuge constant.
Et le ciel voit fleurir, près d’un ruisseau qui coule,
Un champ de boutons d’or, doucement s’agitant,
Caressés par le brise, et semblable à la houle
À RONSARD
Le coeur du grand Ronsard n'a point battu égal
Ni pour Marie, Cassandre, ou bien encor Hélène ;
Sous l'érudit païen, la plume souveraine
D'un poète élégiaque au style magistral,
Se cachait l'autre amour, orné de fin cristal,
Un amour cultivé en une foi soudaine,
En qui l'homme voyait cette image sereine
Apparue en l'Église, épouse au coeur loyal.
Temps où la Vérité s'écrivait en poèmes,
D'une Muse charnelle embrassant de beaux schèmes,
Tout en les mariant, riches d'esprit Divin.
Ronsard, Maître de l'Art et prince des poètes,
Chaud de mythologie, royal et puis mondain,
Tu louas Théocrite en tes Odes parfaites.
À LAMARTINE
Le chant mélodieux des vers de Lamartine
Qu'une grâce feutrée émeut en pureté,
Offre la résonance et l'écrin de beauté
À des bouquets fleuris que sa plume butine.
Poète romantique aux Odes que destine
Un goût perlé d'amour et d'Immortalité,
Ses élégies d'espoir, pensées d'Éternité,
Témoignent pour Julie cette image divine.
Messager de la foi et de l'Isolement,
"Dans les plaines de l'air" il cueille intensément
Les Méditations du Lac et de l'Automne.
La Nature y prend forme au jeu du chatoiement ;
La secrète unité de l'âme s'abandonne
D'accords musiciens au mètre performant.
L'ATELIER DE VÉNUS
Maîtresse, auprès de vous j'ai brûlé mille flammes
Aux désir les plus fous, aiguisant mes instincts ;
Permettez que je flatte aux côtés libertins,
Vos fougueuses ardeurs d'entre toutes les femmes.
Mutine je vous sais dans les jeux et les gammes,
Transpirant un amour charnel où les satins
Habillant vos dessous, fascinants et mâtins,
Inspirent l'indécence et égarent les âmes.
Au blason truculent, priapique et paillard,
Je loue, impertinent, dans l'esprit égrillard,
L'atelier de Vénus, gourmande friandise,
Sans morale et offert à la lubricité.
Maîtresse, auprès de vous l'amour se poétise,
Et tout comme en les vers vous avez du doigté.
EN MES REGARDS
Le murmure incessant des feuilles qui s’agitent,
Se mêlant, au lointain, aux gazouillis d’oiseaux,
Avivé par la brise ondulant les roseaux,
Chante une mélodie dont âme et cœur héritent.
Dans une symphonie de couleurs qui abritent
L’empire délicat, entouré de closeaux,
Les haies sont d’émeraude et taillées en fuseaux :
Autant de parements que les yeux sollicitent.
Comme un couronnement à cette apothéose,
Un rustique bassin, tout près d’un laurier-rose,
Fait miroiter dans l’eau un boulot argenté.
Le soleil printanier, dans le frisson de l’onde,
De ses rais flavescents la nature féconde,
Tandis que mes regards fleurissent de fierté.
À TRAVERS LE TEMPS RÉPONSE D'UN POÈTE À UN AUTRE
SULLY PRUDHOMME
AUX POÈTES FUTURS
Poètes à venir, qui saurez tant de choses,
Et les direz sans doute en un verbe plus beau,
Portant plus loin que nous un plus large flambeau
Sur les suprêmes fins et les premières causes ;
Quand vos vers sacreront des pensers grandioses,
Depuis longtemps déjà nous serons au tombeau ;
Rien ne vivra de nous qu’un terne et froid lambeau
De notre œuvre enfouie avec nos lèvres closes.
Songez que nous chantions les fleurs et les amours
Dans un âge plein d’ombre, au mortel bruit des armes,
Pour des cœurs anxieux que ce bruit rendait sourds ;
Lors plaignez nos chansons, où tremblaient tant d’alarmes,
Vous qui, mieux écoutés, ferez en d’heureux jours
Sur de plus hauts objets des poèmes sans larmes.
REPONSE AU PASSÉ, ET A SULLY PRUDHOMME
ANDRÉ
Deux siècles vont bientôt, au parcours de l’histoire,
Sculpter l’albâtre pur de ton sonnet songeur,
Adroit et intuitif, immense et louangeur,
Et témoin d’une époque au ton réquisitoire.
Cher Poète défunt, ton mètre évocatoire
Où coulait le dessein d’un futur de grandeur,
N’est point la poésie sensible à la douceur
Que tu imaginais, dont tu louais la gloire.
Les cœurs sont épeurés, et l’agressivité
Dont l’homme est aveuglé, toujours se manifeste
En une fatuité masquée de charité.
Nous ne ferons jamais un nouveau palimpseste
Où nous pourrions graver des mots en fleur d’amour,
Si ce n’est dans le rêve, et où l’altruisme est sourd.
ENTRE BIÈRE ET PASTIS
L'accueil des Gens du Nord, chaleureux et sincère,
Donne du baume au coeur quand on vient du Midi ;
Ils aiment notre accent, et moi leur bonne bière
À partager auprès d'un grand verre brandi.
Et qui dira encore, et de façon légère,
Que les tempéraments créent un climat tiédi,
Lorsque l'on est reçu de façon du "tonnerre"
Par des Chti's cordiaux, adorables pardi !
Je n'ai jamais douté, loyal à leur contact,
De leur sincérité dont je ressens l'impact,
Quand l'opportunité me conduit jusqu'à Lille.
Ils apprécient aussi mon expansivité,
Et nos relations sont d'un accord facile,
En trinquant à la bière ou au pastis teinté !
SOUVENT DANS CES PENSÉES…
Mon cœur est amoureux et mon âme y fait naître
Comme un phare céleste au rayon coruscant,
La douceur sur mon front, où s’inscrit convaincant,
Un chant de poésie, d’harmonie, de bien-être.
J’entends la voix Sacrée, cette voix qui pénètre
Au plus profond de moi en me communiquant
Un bouquet de pensées, où mon pouls capricant
D’émotion, de foi, bat pour le reconnaître.
Souvent, dans ces desseins, j’accuse ou j’applaudis ;
Dans de grands sentiments j’accepte ou contredis,
Selon l’heure et le Temps l’intrigue de l’Arcane ;
Il suffit d’un regard pour guider mon chemin,
Et ma Muse en tutelle, une fleur de jasmin
En offrande, au parfum, en devient courtisane.
TOUT PRES DU GARLABAN
Collines s’élevant entre Allauch et Aubagne,
Chemins de randonnées menant au Garlaban,
Bordés de romarin, de thym qui, en ruban,
Abritent les grillons que leur chant accompagne.
Ces sentiers de Pagnol, d’un pays de cocagne,
Dont souvent le mistral, les massifs surplombant,
Balaie violemment les pins comme un hauban,
Soumet à son caprice impulsif la campagne.
Mêlée de gris, de vert et d’ocre rutilant
Quand le soleil flamboie, généreux et brûlant,
La garrigue s’émeut, la roche est de lumière.
Le murmure apaisant des insectes discrets,
En un chœur poétique, et au « Temps des Secrets »,
Dispense à ma Provence effet d’un sanctuaire.

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