jeudi 1 mai 2008
Par André Laugier,
jeudi 1 mai 2008 à 11:10 :: Mes poésies classiques (2)

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VAUCLUSE EN COULEUR
À Lamartine, « le plus grand musicien de la poésie »
Salut décors chargés des Parfums de Provence,
Images envoûtant d’agrément les regards,
Salut vignobles qui, d’un lieu de providence,
Conviennent à mes sens, méritent mes égards.
Le soleil généreux qui embrase la treille
Dès le matin levé, y sème son corail,
Au milieu de l’air pur, sur la grappe vermeille,
Patrie du Luberon qui s’instruit du détail.
Ses villages perchés tout à flanc de colline,
Aux parures pastels bercées par la douceur,
Ses étals d’artisans, séduisante vitrine,
Sont témoins d’un décor coloré de splendeur.
Les jardins, les châteaux racontent leur histoire ;
Placettes ombragées au goût de paradis,
Et fontaines moussues sont un conservatoire
Où la terre et le ciel ont le même crédit.
Promeneur dans le temps, je me fais botaniste
Des arômes, des plants de beaux tinctoriaux,*
Dont Lourmarin fleuri dresse la longue liste,
Abritant en son sein tant d’attrait pastoraux.
* Plante tinctoriale : servant pour la teinture.
TRINITÉ
Ô splendeurs éthérées suspendues dans l’aurore,
Lorsque les vents du Sud parcourent le maquis ;
Parangon de beauté où le feuillage dore
Un tapis de velours que l’hivers à conquis.
Les ombres se dénouent au bleu du firmament,
Quand les contours naissants rétablissent leur forme ;
Aux vapeurs ouatées répond le pépiement
Des nombreux passereaux à l’abri d’un grand orme.
Sur le gazon menu dans l’humus qui transpire
Ses parfums allégés s’élevant dans l’azur,
La lumière s’infiltre et la clarté l’étire,
Pénétrée d’un rayon marié à l’air pur.
Mes fugaces pensées posent sur ce décor
L’espace de mes sens offerts en promontoire,
Où, de cette hauteur, j’expertise l’accord
Du pastoral, du temps, d’un chant incantatoire…
Dans cette Trinité : Amour, Dieu et Nature,
Au lever du soleil tout est un grand miroir ;
Rivage poétique, et musique et peinture,
Lorsqu’un seul rouge-gorge a don de m’émouvoir.
L’ABBAYE DE BOSCODON
Dans un joli sous-bois pénétré de mélèzes,
Tout près de l’abbaye, splendeur de Boscodon,
Il m’a semblé saisir aux vétustes cimaises,
Dévotion, lumière, et puis aussi pardon.
Monument historique où la voûte romane
Dont le dépouillement demeure flamboyant,
Témoigne de l’audace où l’art sublime plane
Sur des proportions d’un concept clairvoyant.
Dans la simplicité du mystère divin
Que l’homme porte au cœur et au fond de lui-même,
Semblent monter des voix dans un calme serein :
Chœur de moines poignant qu’un cantabile sème.
Ni sculptures, vitraux, ni aucune peinture ;
Des formes seulement, au charme puritain,
Où filtre la lumière en unique parure,
Sous la voûte affrontant le temps et son destin.
Dans l’écrin forestier j’ai poursuivi ma route,
Sous les sentiers boisés, tépides, imposants :
Paysages de faste où le regard s’envoûte
Au floristique attrait de sites reposants.
« La cascade de l’ours », par le « chemin des moines »,
M’invite à approcher les « portes de Morgon »
Qui se dressent au ciel, tandis qu’aux aigremoines,
Mes pas foulent leur nombre, éclatant parangon.
RÊVE...
J'ai visité les cieux nimbés de mille rêves,
Transporté par les vents éthérés et divins ;
J'ai écouté des voix séraphiques et brèves,
Et croisé des regards transparents, sacro-saints.
J'ai vu le Bien, le Mal, qui s'affrontaient, dantesques,
La Chair des vanités et l'Esprit des vertus ;
Les chimères errant en ordres gigantesques
Dans la sombre lumière aux credo revêtus.
Les feux du firmament ont des courants superbes :
Arbitrages de Paix, puissants parents des Dieux,
Opposant aux desseins des ténèbres des gerbes
De Pardon et d'Amour miséricordieux.
Tandis que malgré moi s'arrachèrent mes songes,
Mettant brutalement terme aux enchantements,
Je sus, calmé, Seigneur, que ne furent mensonges,
Ces visions vécues en tes consentements.
ORACLES
Qu'importe que le vent froidisse mon visage ;
Qu'importe que la nuit me couvre en son manteau...
"Continue !" murmura l'étrange voix sans âge,
Au timbre bienveillant, surgie du boqueteau.
Qu'importe le chemin, peu me chaut la distance ;
Comme en un rituel qui a charmé mes sens,
Je sens pulser en moi cette douce immanence
Qui m'éclaire l'esprit d'offrande et puis d'encens.
Qu'importe si le rêve est plus que certitude,
Et nourrit ma raison au concept ponctuel,
Nul doute ne flétrit en son infinitude
Mes superbes pensers, chargés de cultuel.
Comme un feu bleu jailli, éclairant les nuages,
Enchantement tissé aux broderies du temps,
La chaleur m'enveloppe en d'apaisants présages :
Oracles peints d'amour aux tons réconfortants.
TOUCHER L'IMMENSITÉ
Toucher l'immensité d'une nature intacte
Où s'inspire en douceur aux forces de l'esprit,
Tout notre imaginaire, apparaît comme un acte
Mythique et cultuel auquel le cœur souscrit.
Dans l'alpin forestier, sanctuaire précaire
De pondération, de beauté et de paix,
Le regard s'énamoure, obligé, légataire
D'émotions, d'égards, dont l'instinct se repaît.
Découvrir les reliefs sacrant la vallée d'or,
Le col du Galibier, les dômes, les moraines,
Se fondre en les lacets exaltant le décor :
C'est jumeler l'esprit aux grâces souveraines,
Et marier les sens au milieu naturel.
Paradis des glaciers et des lacs d'altitude,
Miroirs de la Vanoise emperlant d'irréel
Un nival* séculaire, ourlé d'infinitude,
Peint et ordonne, quiet, l'estampe de splendeur.
Dans le soleil couchant teinté d'érubescence,
Entre les crêts étroits obligeants de grandeur,
Marmottes et chevreuils s'agrègent au silence.
Dans le bouquet des prés mon parcours pastoral
S'embellit des parfums, des couleurs chaleureuses,
Inféodant les lieux au tiède vespéral,
Parmi l'hélianthème aux lignes vaporeuses,
Tandis que je descends les sentiers en lacets.
Parmi les arnicas, en pelouses pierreuses,
Un troupeaux d'ongulés, loin des layons d'accès,
M'observe, indifférent, près des barres rocheuses.
Plus bas, et sur l'ubac de mon itinéraire,
J'aperçois un grand lac entouré de plancton,
Où croît la linaigrette à la fleur singulière,
Partageant l'étendue sous ses fleurs de coton.
DE LANGUIDES ÉMOIS…
J’ai écouté la nuit et lu dans les étoiles ;
J’ai respiré les sons murmurant leurs secrets ;
J’ai senti l’impalpable entouré de ses voiles,
Et j’ai vu, sans les voir, des symboles discrets.
Le calme ensorceleur quand les cieux s’angélisent,
Noyant d’ombre alentour les grands bois endormis,
En l’automne troublant dans les tons vaporisent
De languides émois sur mes regards soumis.
J’ai entendu le chant des Déesses de Parques ;
J’ai deviné l’extase aux confins sublimés ;
J’ai compris l’harmonie et j’ai perçu les marques
De souverains échos en mes sens exprimés.
Mes yeux vers l’empyrée, aux songes symboliques,
Enfleurissent mon cœur d’amènes voluptés,
Quand l’angélus du soir, aux timbres pathétiques,
Me ramène au présent… et loin des déités.
QUAND LA VUE S'IDOLÂTRE...
Les montées en forêt aux longs dénivelés
Courtisent en lacets landes et pâturages,
Dans de jolis vallons finement constellés
De centaurées nervées et d'airelles sauvages.
Un alpage à nard raide où la cembraie herbeuse
Flatte et disperse au vent d'agréables senteurs,
Offre une vue aisée en prairie velouteuse,
Riche panorama aux yeux contemplateurs.
Des sentiers sinueux, au coeur des mélézeins,
Traversent les ruisseaux : superbe amphithéâtre
Adorné en hauteur par les glaciers voisins ;
Mon âme est au repos quand ma vue s'idolâtre.
Je surplombe, en amont, une prairie humide
Enveloppée de Cirse, abritant un marais ;
Des chocards à bec jaune en une volée fluide,
Me distancent soudain, s'éclipsant peu après.
J'aurai vu ce jour-là, aux pieds des contreforts
Couronnés de névés sur la pente rocheuse,
La harde de chamois bravant les corridors,
Pâturant, détachée, l'allure langoureuse.
SOUVENIRS...
La prairie odorante, exquisément fleurie,
Sanctuaire idéal du porte-queue*alpin
Où la prêle des champs loue à la rêverie,
Semble rythmer l'accord sur un air de Chopin.
Les pentes habillées d'espèces végétales
Au substrat siliceux orné de chardons bleus,
Offrent une peinture où les robes florales
Gratifient le milieu de charmes langoureux.
Hors des sentiers je suis les eaux d'une cascade
Traversant la pelouse à trisète doré *.
Remontant vers un col en ma douce incartade
J'accède en les hauteurs où tout est murmuré.
J'aperçois les brouvreuils et la mésange huppée,
Et, tel un pèlerin regard énamouré,
Par le versant suivant, mon âme émancipée,
Je regagne le bourg dans un pas pondéré.
* Porte-queue = Grand papillon des prairies d'altitude
Trisète doré = Plante vivant sur les étages subalpins (entre 1500 et 2200 m)
DANS LA TRANSE BACHIQUE
Dans la transe bachique auprès de Dionysos
Poètes, frères d’art, câlinons nos Ménades* ;
Portons, verres levés, comme au Temple d’Eros,
Un toast vers le tonneau célébrant nos rasades.
Le fils de Zeus, sans doute, en louerait notre geste,
Et dans chaque bouteille y mettrait du degré ;
Sans excès, toutefois, pour qu'il reste digeste,
Quand nos esprits devins goûteraient de bon gré.
Car de tous les abus dont on le rend coupable,
Le vin libérateur est l'ivresse des sens ;
Ne boire que de l'eau tout autour d'une table,
Noierait nos facultés et serait un non-sens.
Ami(e)s greffons nos plants de rosiers sur la vigne
Pour obtenir un cru de rosé naturel,
Savoureux, enivrant, pour qu'une ode consigne
À l'autel de Bacchus notre effort culturel.
*Ménades => cortège des bacchantes entourant Dionysos
LE SENTIER DES OCRES
Beauté silencieuse et de paix minérale
Aux nuances fardées de grés ferrugineux,
Les sables fins de quartz – harmonie picturale,
Jaunes, rouges ou blancs dans un relief veineux,
Flattent le promeneur, tout près de Roussillon.
Depuis le Belvédère au Cirque des Aiguilles,
Un trésor séculaire établit le maillon
Entre la rêverie, couleurs et estampilles,
Que les ocres ténues charment d’intensité.
Dans des tons orchestrés, ourdis du fond des âges,
Dont la lumière irise un grain d’éternité,
Le Luberon s’octroie les plus beaux paysages,
Couronné de lavande et de coquelicots.
Vestiges de remparts chevillés au village,
Dressés sur le Mont Rouge aux versants verticaux,
Aux faîtes du castrum, Roussillon rend hommage
Aux chemins du soleil pénétrant son terroir.
A l’assise des murs quand la rose trémière
Epanouit, en juin, sa fleur pour émouvoir,
Le Ventoux, au lointain, prend forme familière.
ROUSSILON EN PROVENCE
Entre le Luberon et les monts de Vaucluse,
Roussillon, séducteur, brille de mille éclats ;
La « chaussée des géants » semble écouter la muse,
Dans un gisement d’ocre aux soyeux nacarats.
Ces cheminées de fées sculptées au fil de l’âge,
Minéraux singuliers et joyaux flamboyants,
Octroient sous la lumière un philtre au paysage,
Où se mêlent le jaune et carmin poudroyants.
Cortège végétal au particularisme
De silicicoles et de grands résineux,
La nature y imprime un galant symbolisme,
Adornant des couleurs aux pigments lumineux.
Dans le sein du maquis quand l’orchidée sauvage
Faisant toujours rêver grand nombre d’amoureux,
Flirte avec la bruyère, on ressent ce message
Qui des sables ocreux nous parvient, généreux.
LE SOUVENIR
Quand un bon souvenir à l’esprit nous rappelle,
Comme en la poésie, il embellit nos jours ;
Sa présence invisible est alliée fidèle,
Secrète, auréolée, si l’on y a recours.
Le souvenir c’est bien le regret d’un l’instant
Que l’on rejoint un peu comme renaît un rêve ;
Un livre bien-aimé sans fin nous habitant,
Que l’on peut consulter, qui demeure sans trêve.
Ne pas se rappeler ce qu’on ne parvient pas
A bien se souvenir est bien désagréable,
Plus qu’à se souvenir, dans un mea-culpa,
De ce qu’on voudrait bien oublier : vulnérable.
Le souvenir se vêt d’un parfum qui le charme
Quand le revivre donne un présent au passé ;
Au champ de l’habitude, et s’il coûte une larme,
Il rassure, pourtant, si l’on est oppressé.
La mémoire caresse un souvenir heureux,
Prend, mesure, accumule et savamment diffuse
Ce qu’elle a imprimé, orné de chaleureux,
Et qu’elle restitue, sans calcul et sans ruse.
Le souvenir semblable à la douce espérance,
Augmente l’agrément dont se nourrit l’esprit,
Et, tout comme la foi, s’avère délivrance
En nos moments de doute où l’épreuve s’inscrit.
Le présent, le passé, sont souvent assez proches,
Au point que confondus on ne peut trop savoir
D’où part le souvenir si, de quelques reproches,
On peut s’interroger, sans vraiment le vouloir.
SOUS LES ARBRES-GARDIENS...
Ô beauté hors du Temps, et presque indescriptible,
Sauvage et lumineuse enchantant mon chemin,
Serais-tu de Médée ou de Niiv l'intangible,
Et moi tel un Jason assisté de Merlin ?
Voudrais-je sur l'Argo voguer et, dans le mythe,
Sous cet air parfumé de miel qui m'envahit
Au chêne de Dodone, et à l'odeur bénite,
Me laisser absorber tandis que j'obéis ?
Sous les arbres-gardiens m'accordant le passage
Tandis que je franchis tous les âges anciens,
J'apostrophe l'oracle et j'écoute un langage
Qu’exprime Antiokus* aux dons magiciens.
Voudrais-je m'élancer vers l'éloignée Colchide
Et poursuivre un chemin vers cette Toison d'Or,
Tandis qu'un vent de feu au ponant, comme un guide,
Semble inviter mes pas hésitants dans l'effort ?
Tel un charme léger semblant sonder mon coeur,
Comme une douce voix constante et protectrice,
Un esprit étranger s'insinue séducteur ;
Le passé m'investit : lueur révélatrice,
Où la mythologie, les siècles, les légendes,
Semblent me défier – sourde possession...
Et j'aperçois Médée dont les deux bras se tendent
M'invitant à cesser mon obstination.
* Antiokus : Merlin.
AINSI SOIT-IL, ET QUE MA VOLONTÉ SOIT FÊTE !
Quand on a soixante ans, plus huit pour la mesure,
On se dit qu'après tout, ce n'est pas un fardeau.
Je m'efforce toujours d'être jeune d'allure
Comme le Beaujolais, visant en mon credo
De vieillir aussi bien que le fait un Bourgogne.
Je ne suis pas "devin", mais "prendre du bouchon",
C'est bien le seul moyen, je le dis sans vergogne,
Pour vivre plus longtemps, voir la vie sans façon.
Il nous faut rajouter de la vie aux années ;
À chaque an j'ai un an de moins que l'an d'après,
Mais au seul CARPE DIEM j'expose mes journées,
Convaincu que c'est là tout mon petit secret.
Je me suis consolé, l'autre jour, dans la rue,
Lorsque j'ai rencontré un ami biscornu :
Dieu qu'il avait changé ! j'en ai eu la berlue,
Quand il m’a dit : « je ne t'avais pas reconnu. »
Peu importe les ans, ne point calculer l'âge,
Vivre un anniversaire, inéluctable en soi,
C'est célébrer la vie que prône en nous le "sage",
Un plaidoyer du temps que notre ego conçoit.
AU PRINTEMPS DU POÈME
Belles gerbes au champ superbe du langage,
Dont les mots décorant subtilement l’esprit,
En mètres réguliers – et sans effet de l’âge,
Ont de la poésie, chaque siècle pétri.
Ils cultivent le Verbe au vertige de l’âme,
Dans la grâce première, au printemps du discours,
En un bouquet de vers qui fleurit et enflamme
Les rimes au gazon de quatrains de velours.
Sur le vélin d’albâtre, à l’essence soyeuse,
Où glisse avec panache un stylo asservi,
Le poète savoure en son humeur fougueuse,
Pensée et sentiments prenant corps à l’envi,
Au jardin de Clio, à l’aura de Virgile.
Et le mont Hélicon y devient son autel ;
Espace coruscant où l’onction s’exile,
Eperdue et grisée d’un nectar d’hydromel.
DE TOUT TEMPS
Je fais très rarement des plans sur la comète,
A quoi bon triturer mon esprit au « futur » ?
Je vis dans le « présent », seule « forme » concrète,
Tel un « auxiliaire* » à mon âge assez mûr.
À tire « indicatif », sans être « impératif »,
Ni même « radical » au regard de ma « forme »,
Je crois qu’un « passé simple » est plus affirmatif
Qu’un « futur » incertain qui n’est pas très conforme.
Rien n’est « plus-que-parfait » si mon « temps antérieur »,
Vécu jusqu’à « présent », aux jours d'un « passé simple »,
Quand bien même « imparfait», et un peu rêvasseur,
Ce « passé composé » de bonheur est « temps simple ».
* Dans le sens de complice.
NOVEMBRE
J’ai glissé mon esprit jusqu’au seuil du palpable,
Dans le charme subtil né de l’envoûtement,
Où l’âme a un regard, le cœur un sentiment,
Au transport de mes sens, empreinte indubitable.
A l’heure où le soleil sur la feuille d’automne,
Etend, complaisamment, son rayon flavescent
Dans la beauté profonde, une bise fredonne
Son sanctus familier, à l’accord caressant.
Les couleurs revêtues de leur mélancolie,
Subliment les soupirs venant de la forêt ;
Dans la lente douceur d’élégance accomplie,
Quant tout s’épanouit, s’énamoure au secret,
Les teintes graduées ont la moire lyrique
Qui sied à la douceur fanée de la saison ;
En vagues d’élégies une rare musique
S’insinue en mes sens, venue de l’horizon.
LES JARDINS D’EYRIGNAC
Bienvenue aux jardins du Manoir d’Eyrignac,
Opéra de verdure au sein du Périgord,
Qui, tout près de Sarlat, proche de Salignac,
Offrent l’Histoire et l’Art au plus galant décor.
Le cèdre bleu d’Atlas voisine les mûriers ;
Le charme, les noyers, aux formes symboliques,
Font la tradition d’ornements réguliers,
Où la lumière et l’eau chantent des sons magiques.
Dans la cour du Manoir tout habillée de buis,
Lieu de grâce abritant la poésie de l’âme,
Les gazons et les haies prennent pléniers appuis
Sur un sol généreux où l’essence se pâme.
La « Terrasse enchantée » et ses nombreux jets d’eau,
S’élançant au-dessus des bassins en cascades,
Emperle les rosiers d’un vaporeux manteau,
Auréolant les fleurs disposées en arcades.
Sous l’ombrage doré des immenses cyprès,
– Topiaires* sculptées couronnant les allées –,
Les camaïeux de verts conservent les secrets
De siècles d’harmonies toujours renouvelées.
Je salue cet écrin d’onde et de végétaux,
Proche d’un if géant qui contemple les âges,
Et dont ma main posée sur ses flancs colossaux,
Effleure en au-revoir mes biens muets messages.
NATURE EN PÉRIGORD
Comment ne se sentir autant émerveillé
Par cette majesté et cette féerie,
Quand, en guidant mes pas nimbés de griserie,
Le sous-bois resplendit, tout de pers habillé ?
La rivière tressant son cours ondulatoire
Sous le ciel de l’aurore échancre en broderie,
Les berges dentelées qui, en leur trajectoire,
Reflètent la verdure avec coquetterie.
Au sud, à quelques lieues, descend une gabare,
Glissant sur la Dordogne, au sein du Périgord,
Et, tout au fil de l’eau, où le regard s’égare,
Des siècles d’histoire s’offrent en contrefort.
Au pays des châteaux et des jardins de France,
Où ifs, charmes et buis peignent l’exquisité,
Le passé, le présent conjuguent l’alliance
Au soubresaut du Temps dans l’authenticité.
Soigneux de souvenirs à l’esprit romantique,
Courant les roseraies et les closeries d’eau,
En cet arboretum, espace emblématique,
J’ai posé mes regards conquis au boqueteau.
En ces contrastes d’ombre et de douce lumière,
Modelés et polis à l’arrière-saison,
Tout perce en filigrane, et l’odeur familière
De l’automne enveloppe un obligeant gazon.
Vergers de poésie aux chansons des fontaines
Réfléchissant l’écho de leur ruissellement,
J’entends le chuintement des sources riveraines
Fluant à travers champs, imperturbablement.
La magie est palpable au rythme légendaire
Des donjons, des manoirs, de l’Histoire sans fard ;
Fleurons d’exception où d’un haut belvédère,
Se fond dans la vallée, Sarlat, la « ville d’Art ».
SOUS LA CANOPÉE
Un rayon de soleil, dardant la canopée,
S’infiltre en un trait d’or sur l’humus obombré,
Avivant la clarté du sous-bois célébré,
Dont le tiède transport prend un reflet ambré.
Que ne puis-je me fondre, en cet heureux instant,
Au vaporeux halo dont la luminescence
Répand l’apaisement au silence constant,
Mêlant de vifs parfums dont la sylve a l’essence,
Je souris immobile, étreint et dans l’attenter
Qu’au travers du rideau de cette frondaison,
Surgisse une Dryade, et qui, compatissante,
Partage mes secrets, comprenne ma raison.
La forêt s’endimanche et dispense à mes yeux
Le vert et puis le roux de sa douce cretonne,
Tandis que la fougère, en ses tapis soyeux,
Veloute, en majesté, la sylve qui frissonne.
Ô temps béni du ciel à mon noble délire,
Aux sinueux chemins accompagnant mes pas,
Je suis l’humble poète assisté de sa Lyre,
Déposant ses pensées qui sont autant d’appas…
Sur la branche qui ploie, j’entends siffler le merle
Qui, défiant, m’observe et peu après s’enfuit,
Pas très loin d’un cours d’eau dont la nappe déferle…
Je vis un jour heureux qui n’aura pas de nuit.
LAYONS PERIGOURDINS
Vielles sentes bordées de murets et de buis,
Conduisant aux sous-bois recouverts par les yeuses,
Le feuillage vert sombre y paraît prendre appui
Sur un support léger de guirlandes soyeuses.
En lisière de haie, le tissu moins serré
Offre au regard conquis l’espace des clairières,
Où des fragons épars, sous le ciel azuré,
Habillent au hasard des scènes familières.
Tout au bout du parcours, et à flanc de coteau,
S’étale, en contrebas, l’envoûtante Dordogne,
Bordée de ses châteaux dressant leur chapiteau,
Semblant ponter leur doigt aux portes de Gascogne.
Blottie près d’un hameau, envahi par les prés,
L’immense bergerie dresse son toit de lauze,
Dont le porche d’entrée, aux moires diaprés,
Poétise les murs d’un corbeau* qui s’impose.
Le charme se dégage, et j’aime m’égarer
Au travers des layons, et sous un bel ombrage,
Les sens énamourés pour faire perdurer,
Les parfums, les couleurs m’offrant leur parrainage.
QUAND S’OFFRE À MES REGARDS…
Sous le dais dense et vert de la forêt de chênes,
La fougère prospère, hydratée par l’humus ;
La nuit s’étend bien vite au son de l’angélus,
Tandis que dans l’air bleu, la brune éploie ses chaînes.
Une brèche étrécie scinde la canopée,
Et offre à mes regards l’éclat de Séléné,
Qui, tel un œil géant, de charme couronné,
Est ceint d’un gazeux voile : élégance estampée.
La sylve s’assoupit, légère et frémissante,
D’où semble s’échapper le rire séculier
De la Nymphe des bois, – occulte et familier.
Le hibou invisible ulule et s’impatiente…
Je demeure ébloui, otage volontaire,
Étreint d’un long frisson de bonheur exaucé,
Qu'accompagnent mes pas, de leur chant nuancé.
D'obsessionnels échos sortant de leur repaire.
AUX RAYONS DU COUCHANT
Les rayons du couchant, comme une flamme tendre,
Lèchent le sédiment des sommets vermillons,
Quand la nuit approchant, lentement va étendre
Son ombre maternelle encerclant les sillons.
Les derniers bruits du soir, dans le jour engourdi,
– Doux accords de l’automne – ont les rumeurs feutrées,
Et semblent se tapir dans un brin d’air tiédi,
Tels de plaintifs refrains aux notes éthérées.
Dans ces instants galants, au charme évanescent,
Éclairant mes regards et mes pensées languides,
Je quémande à ma Lyre, en vœu concupiscent,
De m’accorder conseils aux rêveries candides.
Et tandis qu’éblouis, mes sens, dans la douceur,
S’abandonnent, sereins, aux nuances dorées
Dont se vêt la nature infiltrée de rousseur,
Le temps perd tout son sens, mes pensées leurs durées…
Les massifs clairsemés semblent souffrir d’exil,
Sous l’empyrée lactée annexant les lumières ;
De champêtres senteurs ont ce parfum subtil,
Dont mon cœur de poète à les mots visionnaires.
MATIN D’ÉTÉ
Aux bienfaisants rayons du soleil qui se lève,
Un matin de juillet quand rougit l’horizon,
Et que le ciel corail brode un décor de rêve,
Des nuances ténues courent sur le gazon.
Dans l’étreinte tépide, immobile caresse,
Enveloppant le jour naissant sur les jardins,
La brise qui murmure, à mon ouie adresse
Des chants de violon aux accents baladins.
La rosée argentée sur l’herbage s’emperle,
Et ses gouttes lustrées s’irisent de cristal,
Transpirant au degré qui s’élève et déferle,
Pour bientôt s’estomper sous le ciel virginal.
Quelques papillons blancs, sur les buissons d’épines,
Inaugurent déjà leur vol autour des fleurs,
Pressés de butiner aux riches étamines,
Quand l’azur répandra un peu plus ses chaleurs.
Au chant de l’alouette où la lumière dore
De belles visions qui savent m’émouvoir,
Avec idolâtrie mon regard se colore,
Et mon cœur est un flot de bonheur à pourvoir.
Les lys empanachés, les fines passeroses,
Et les coquelicots évacuent leur sommeil,
Dans un ballet discret de corolles écloses,
Aux pastels dont le charme a nul autre pareil.
Aux vapeurs du réveil la Nature fredonne ;
Les fils d’or du soleil flattent l’air ambiant ;
La naissance du jour, mirifique, galonne
D’une écharpe sacrée l’été dulcifiant.
LE PERIGORD
Qu’il me plait à revoir ces belles citadelles,
Dont les murs séculiers ont abrité les rois ;
Des seigneurs belliqueux, de gentes demoiselles,
Et de preux chevaliers montant leurs palefrois.
De fastueux châteaux hantent les belvédères,
Dispensent la grandeur de ces lustres d‘antan,
Riches confessions, aux temps dépositaires
De siècles dont l’histoire ancre un pouvoir patent.
Sculptures et jardins, remarquables richesses,
Rarescente atmosphère ourlée au fil du temps,
Siège des baronnies, des contes, des duchesses,
Aux somptueux décors dont le linéament
Évoque avec grandeur le cultisme des âges.
Du haut de leurs donjons, des ajours géminés
Ravissent l’œil séduit aux gothiques ouvrages :
Mémoire et harmonie, trésors enracinés.
Aux chambres de verdure où fiers s’épanouissent
Les sillons cristallins d’abondants tracés d’eau,
S’affirment d’élégance, et sur leur parcours glissent,
Des gabares pochant l’onde tel un tableau.
Les époques, sans fin, soudées au hiératique,
Propices au flâneur s’énamourant pour l’art,
Sont quintessenciées ; le domisme magique
Rappelle un Moyen-Âge adulant le regard.
Féeriques manoirs et splendides bastides,
Places fortes bâties aux éperons rocheux,
Villages médiévaux, aux lignes impavides :
Tout atteste d’une âme au passé orgueilleux.
Les balustres moulées aux nombreuses terrasses,
Coiffent en symétrie de vétustes arceaux
S’ouvrant sur ces joyaux dont les murs coriaces,
Défient, dans l’apparat, aux siècles les assauts.
Sertis dans leurs écrins, d’orient et d’élégances,
A l’étape obligée aux traces du passé,
Ces ouvrages soumis plaident nos déférences,
Afin que de l’oubli, leur sceau ne soit chassé.
Car le Périgord noir est lieu d’un patrimoine,
De grottes et abris, gouffres et cavités,
Refuges souterrains d’une envergure idoine,
Parsemés de cristaux dans la roche, incrustés.
Fines stalactites, draperies translucides,
L’œil est aiguillonné par tant d’émotion ;
Près de quatre cent mille ans de visions splendides,
Dotent les parois de fresques d’exception.
Mammouths, aurochs, chevaux, ours, bouquetins et rennes,
Constituent un trésor du magdalénien,
Célébrant l’art rupestre, aux formes souveraines,
Fastes de rêverie qui épousent l’ancien.
La grotte de Lascaux, en vallée de Vézère,
Sanctuaire discret aux vestiges troublants,
Paré de préhistoire, et que le Temps vénère,
Assigne la grandeur aux décors rutilants.
Puis celle de Villars, aux coulées de calcites,
Concrétions brodant le site naturel,
Permettant d’admirer d’altières stalagmites,
Dont l’étrange beauté ajoute au solennel…
Et mon âme d’enfant vogue sur la Dordogne,
Glissant nonchalamment sur son lit séducteur,
Dans le calme apaisant, dont la seule besogne,
Est d’écouler ses eaux avec charme et lenteur.
DANS LE DECLIN DU JOUR
Au soir enveloppant, illuminant mes vers
Comme une symphonie suave de tendresse,
Je saisi le refrain alangui qui caresse
Mon cœur et mon esprit, aux charmes découverts.
C’est toute la Nature, au crépuscule humide,
Des sommets d’alentour, dentelant l’horizon,
Jusqu’aux prairies noyées au velouté gazon,
Qui sombre en léthargie sous la vêprée placide.
A la tiède atmosphère, aux chants quasi divins
Des stridulants grillons au seuil de leur refuge,
Se mêlent les senteurs déversant leur déluge
D’essences de l’alpage et des proches jardins.
J’entends et j’aperçois cette clameur d’écume
Chevauchant les rochers du gave, en contrebas,
Qui, tel un long collier lumineux se débat,
Et se perd au regard en entrant dans la brume.
En cet ultime accord d’ineffables instants,
Tel un oiseau de nuit qui survole la plaine,
Mes regards aiguisés, la plume souveraine,
Je mets un point d’amour à mes quatrains chantants.
EN MES JARDINS…
D’où vient cette douceur qui le soir s’éternise,
Répand son vernis bleu en étreignant mon front,
Et donne à mes pensées ce sens qui tranquillise
Bienveillant, intangible, un bien-être aussi prompt ?
Le charme m’envahit comme un accord de lyre,
Musical, éthéré, romance de printemps,
Que mon cœur sourcilleux gratifie d’un sourire,
Aux instants où, songeur, tout paraît envoûtant.
Les aiguilles du temps, frappées par l’indolence,
Dans le calme infini, qui retarde la nuit,
Attendrissent mes vers, dont le mètre en silence,
Compose des tempos que ma plume séduit…
Une vague rumeur se fond dans la ramée,
Du haut des peupliers, aux feuillages tremblants,
Faiblement remués d’une grâce rimée,
Dont la brise feutrée donne des sons troublants.
Dans le couchant qui farde un horizon de flamme,
Quand les contours du rêve étagent leurs gradins,
Et que les chants d’oiseaux faiblissent dans leur gamme :
Je conclue mon poème à l’aise en mes jardins.
C’ETAIT HIER
Dans la tiédeur du soir qui sait fleurir mon âme,
Quand le cœur est conquis de chants alanguissants,
Je goûte, bienheureux, les faveurs dont sa pâme
Mon regard absorbé par les près verdissants.
A la douceur des sens le passé me rappelle
Les riants souvenirs du jardin familier ;
Au songe je revois, charitable étincelle,
Quelques fragments de vie, symbole hospitalier.
Au frisson vaporeux, dans la lumière d’ambre,
Surgissent du néant des détails bien charmants :
Des bruits et des parfums où, de cette antichambre,
Je guette vers l’entrée des éloignés moments…
Cétoines et grillons, hannetons, sauterelles,
Semblent se dessiner d’un chimérique ciel,
Tout comme ces vieux nids, charmés des hirondelles,
Qui nous portaient bonheur : temps providentiel !
Je m’accoude au balcon songeur de l’existence :
Sous la tonnelle en fleurs, et sortant du verger,
J’aperçois dans le flou, brusque réminiscence,
Ma mère et puis mon père, en leur pas si léger…
SOUS LA RAMURE BRUNE
Quand l’aube est veloutée, que le ciel s’angélise,
Aux formes, aux couleurs et aux parfums ténus,
Rien ne paraît si doux, le bosquet poétise
L’aimable symphonie de chants entretenus.
Quand l’âme du matin éclaire l’horizon,
Dans le secret pensif sous la ramure brune,
Et que l’ombre se noie au velours du gazon,
J’engrange l’harmonie, j’en prise la fortune.
Quand l’heure s’énamoure en épousant la brise,
Prolongeant de candeur mes regards langoureux,
Tout me parait bonheur, et cette paix me grise
Au flot mélodieux de songes bienheureux.
Quand, dans l’azur saphir, dès le potron-jacquet,
Egal au violon, intime, incantatoire,
Le chant du rossignol répand l’accent coquet,
Je fiance mes sens à l’espace notoire.
Il me faut adopter un constant mimétisme,
Et me fondre, discret, sous les arbres profus,
Pour fleurir mon esprit perlé de romantisme…
Le Temps passe… et mon cœur s’éternise, confus.
AUX CLARTES VESPERALES
L’alouette grisolle en la haute brindille,
Dans les dais de verdure, où le son pur et doux
De son subtil ramage est l’accent qui habille
La somptuosité d’un sous-bois déjà roux.
Sur la crête brodée d’un feuillage éthéré,
Une ceinture dense, et finement ouvrée,
Dispense, dans l’azur, son cinabre étiré,
Dont l’ombre vespérale est encor saupoudrée.
Bientôt le crépuscule, et sa large dentelle,
Aura raison, patent, du feuillage tremblant ;
Et se taira alors l’amène ritournelle
Du passereau gracile aux trilles, redoublant.
Dans ce mélange obscur où tout semble béni
D’étreinte et d’allégresse, au breuil qui s’ensommeille,
Je laisse fuir le temps qui, loin d’être un déni,
Alimente mon rêve, affine mon oreille.
Je poursuis mon chemin au gré d’un plaisant songe,
Un chemin parfumé d’humaine passion :
En cet instant divin qu’à dessein je prolonge,
Et où mon cœur serein y fait confession….
… Je lève mes regards au ciel chargé d’étoiles,
Immense voûte claire aux joyaux scintillants,
Qui semblent glisser mus par quelques grandes voiles,
Au firmament saphir, aux reflets accueillants.
SOUS LE GRAND CHÊNE OMBREUX.
L’été est souverain de la magnificence,
Embellissant les jours, chargé d’oblation,
Où baigne mon regard, soudain en confidence,
Avec Dame Nature et sa séduction.
Amène est l’ornement offert par cette essence,
Mélangeant les parfums et les tons diaprés ;
Mes sens sont en éveil, parfaite connivence ;
Egal est mon esprit : mon œil est honoré.
Savourant ces moments qui paraissent volages,
Riant au fond de moi, et le cœur palpitant,
Ivre de liberté, sensible aux paysages,
Vagabond je me sens, quelque refrain chantant.
La campagne revêt son voile d’espérance ;
Les grillons font écho dans l’étendue du champ ;
Et, dans l’herbe jaunie, tout me paraît dormance
Au soleil qui reluit, du zénith approchant.
Du ruisseau satiné qui s’écoule, tranquille,
J’écoute la chanson des beaux chardonnerets ;
Tout à côté de moi, dans son filet fragile
Que les fils de la Vierge étendent, bien discrets,
Une épeire immobile y guette quelque proie.
Chaque arbre, chaque chose, y garde son destin…
Sous le grand chêne ombreux quelque instant je m’octroie,
En méditant le cœur rempli d’odeurs de thym.
CRÉPUSCULE
Le ciel s’habille aux soins des couleurs vespérales,
Enflammant de son aile un jade forestier,
Où semblent se polir, tout au long du sentier,
Les troncs harmonieux des cortèges d’érables.
Les rameaux, alentour, que traverse la brise,
Se recueillent, courbés, dans un frisson d’espoir,
En offrant leur feuillage à cette douce emprise,
Caressant leur profil qui semble s’émouvoir.
Une paix inconnue, éperdue est craintive,
Recouvre l’horizon dans le parfum du soir,
Où l’écho attardé d’une effraie fugitive,
Se faufile depuis un vétuste manoir.
Le soleil baisse encor, s’épand le crépuscule,
Quand se lit le sommeil venant du firmament ;
Les champs et la forêt que la sombreur macule,
S’enveloppent de l’ombre au dernier rougeoiement.
… Et j’entends le bruit frais du ruisseau qui ondule,
Immuable et secret, s’égayant dans la nuit ;
L’étoile du Berger, au ciel, en majuscule,
Paraît suivre mes pas dans l’heure qui s’enfuit.
CONSTAT
Mon coeur à ses secrets mon âme sa tourmente
D'un cortège de pleurs, embuant mon regard,
Comme pour moins souffrir la nuit est mon amante,
Qui freine mon chagrin sous un astre blafard.
Mes épreuves lovées au portail d'espérance
Au clair-obscur des jours, de l'horizon du temps,
Sont des aubes d'attente où, dans la confidence,
Se consigne un constat qui paraît attristant.
Mais qu'importe, après tout, si cet état me blesse,
Me conduit bien plus loin dans le spirituel ;
Je loue et je condamne à la vie sa rudesse :
L'incertain me défie... et me plaît ce duel.
Aucune certitude, ou supposition
Ne guidera mes pas en ce milieu austère ;
Pragmatique je suis, et ma conviction,
Est la foi qui m'étreint, constante et salutaire.
PROVENCE EN MES REGARDS
Sous l’auguste toiture envahie par le lierre,
Où s’égaient les ramiers dans la douce tiédeur,
Les vieux murs lézardés offrent un sanctuaire
Aux geckos se mouvant sous le soleil charmeur.
Le souvenir s’attarde au nombre de mes rêves,
Comme un souffle courtois m’invitant, capiteux,
Au flot impétueux d’images bien trop brèves,
Allusives, pourtant, aux accents velouteux.
J’égrène et j’idolâtre un passé où s’exalte
La tendre émotion, et, comme un étranger,
Religieusement, profitant de ma halte,
Le regard envoûté, mon cœur devient léger.
Le soir clément, soudain, me paraît une aurore,
Accueillant, maternel, au secret caressé ;
Sanctifiant mes sens au divin qui colore
La splendeur d’un terroir : revivant mon passé.
Tout à côté des champs le fumet des bruyères,
Ethéré, me parvient, me rappelle le temps
D’une enfance où les jours me semblaient ordinaires,
Tandis que je jouais sous l’éternel printemps.
Un passereau brun clair s’agite à la ramure,
Trille joyeusement comme dans l’Autrefois,
Et semble faire écho, en un plaisant murmure,
À ma chère Provence, à son galant sous-bois.
SOUS LE MEILLEUR CÔTE TÂCHONS DE VOIR LES CHOSES*
Je n’ai jamais passé la vie à me morfondre
Pour un petit souci, nullement important ;
Et, si quelque tracas essaie de me confondre,
D’un revers de l’esprit je le classe partant.
Oh ! il m’arrive bien quelque menue misère
Comme tout un chacun, je ne peux le nier ;
En pareil cas, bien sûr, comme il se doit je gère
Le petit embarras, nullement prisonnier.
Je me fréquente assez en mon imaginaire
Pour parer, modéré, et assez cartésien,
Aux vertus de l’esprit, mon corps en partenaire,
L’un protégeant l’autre et renforçant le lien.
Je suis un optimiste, et telle est ma nature
Pour être en harmonie, sans zèle et sans excès,
A un mode de vie qui est ma signature,
Et offrir à autrui la clé de cet accès.
Tel est mon jugement et ma philosophie :
Toujours la bonne humeur irrigue mon esprit,
Exigeant de moi-même à ce que je m’y fie,
Confiant en la paix dont mon être est pétri.
Car la « sérénité demeure une conquête »,
Avait écrit Maurois, avec intensité.
Cette citation, j’en ai fait ma recette,
Plus qu’un but, un devoir, dont je suis habité.
L’optimiste est celui qui sait le monde austère ;
Pessimiste est celui qui le voit chaque jour.
L’un rit pour oublier, ainsi il se libère,
L’autre pleure et oublie qu’il faut rire à son tour.
Quelle moralité déduire en épilogue,
Sinon que quelques vers ne peuvent faire naître
Un changement profond. Et, n’étant psychologue,
Je ne peux dispenser que mon propre bien-être.
© SDGL-Échos Poétiques. 2005.