dimanche 9 mai 2010
Mes sonnets 6
Par André Laugier, dimanche 9 mai 2010 à 17:34 :: Mes sonnets (6)
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Il me plait d'écouter, près de l'ancienne treille,
Le ramage amoureux des beaux chardonnerets,
À l'heure où le ciel pur de printemps s'ensoleille
Aux rimes des couleurs fleurissant les guérets.
Concert du vent léger qui chante la merveille
Des bruissements furtifs effleurant les murets
De bories, défiant, de grandeur sans pareille,
L'ampleur du paysage aux charmes si discrets.
Les tons pastellisés d'un mythique pinceau,
Dessinent les contours de l'ondoyant ruisseau,
Comme surgi, divin, d'une aura de lumière.
Parfum d'héliotrope enveloppant mes sens
Nimbés de cette ivresse amène et familière,
Au tableau de Faunus, fluent des odeurs d'encens.
AQUARELLE
La brume du matin vaporise les roses,
Dans le parc en sommeil où les premiers parfums
Échappés de la nuit, en soyeuses symbioses,
Exaltent, capiteux, leurs bouquets opportuns.
Le silence a saisi la lumière à ses causes,
Épousant la beauté dans les feuillages bruns,
En de subtils accords et de métamorphoses,
Jeux de couleurs coquets de ces grand lieux communs.
Aquarelle arborée dans un hanap grisant,
Tout près des peupliers au prestige imposant,
La mésange, au hallier, parade, familière.
Dans ces gerbes de chant où l'occulte souscrit,
Et tandis que la vie s'éveille, buissonnière,
Familier de l'endroit, au coeur ma vue s'inscrit.
LA NUIT TOUT SE FAIT GRAND.
La nuit tout se fait grand, tout s'accroît de silence,
Quand l'ombre ensevelit la dense frondaison ;
La lune au rêve invite, au ciel fait allégeance,
Fièrement suspendue, imprimant l'horizon.
Tout ondule, frissonne et s'ourle à la romance
Des sons combien feutrés qui charment la saison ;
La mélodie de l'eau d'une source, en cadence,
Vient marier son chant au tapis du gazon.
C'est l'instant où se fond dans le divin secret,
D'angéliques échos dans un rythme discret
Où la nature endosse un habit d'harmonie.
Et dans l'émotion d'un décor qui soustrait
Les formes, les couleurs quand l'obscur communie,
La forêt, doucement, engourdit son portrait.
AU FIRMAMENT
Dans l'air silencieux près de la source pure,
Où court une onde fraîche égayant le sous-bois,
L'étoile du Berger expose sa parure,
Brillant au firmament dans le jour qui décroît.
C'est l'heure où tout, furtif, embellit la nature,
Quand l'ombre, de son gant, étend au ciel son droit,
Saisit la canopée et drape la ramure
Au voile de la nuit que le relief accroît.
Tout s'endort et se tait dans un divin soupir,
Tandis que l'Oréade aime à se recueillir
Sous la voûte azurée, et que l'Olympe honore.
Aux vapeurs parfumées nées dans la frondaison,
Seul le chant d'une effraie vient en écho sonore
Couvrir l'âme du breuil, bienveillante oraison.
JE RÊVE DE VERS PURS…
En hommage à Albert Samain pour son poème « Je rêve de vers doux »
Je rêve de vers purs, mouvants, insaisissables,
Glissant sur chaque rime en un éclat galant ;
Quatrains silencieux sur le verbe ondulant,
Dont la strophe légère à les mots vénérables.
Des vers vocalisés, badins, inimitables,
Echappés d’une lyre au timbre ensorcelant,
Musique de lyrisme à l’accent modulant
De graciles pensées en soupirs mémorables.
Espace textuel chargé d’émotion,
Cristallisant les sons et la perception
Du mythe fondateur instruit par les neuf Muses.
Je rêve d’un langage aux contours de grandeur,
Conjurant le calice et les idées confuses,
Pour saisir au poème un effet de candeur.
SAVINES-LE-LAC
Espace de fraîcheur, grand lac d’une eau turquoise,
Plages engazonnées bordant Serre-Ponçon,
Où le sapin, le hêtre ornent à l’unisson,
Une vallée d’ampleur que Savines courtoise.
Au pays des Ecrins le charme s’apprivoise,
Le pastoral étend sa fertile moisson
De forêts, de torrents, où le moindre buisson,
Abrite l’excellence et la flore y pavoise.
Couleurs de l’authentique aux charmes d’autrefois,
Dont les parcs naturels chantent l’écho des bois,
Dans la lumière unique ourlant les paysages.
Que d’abbayes aussi, de cirques, de layons,
D’abondants mélézins entourant les alpages,
Saisissant les regards dans les soirs vermillons.
DANS LES BASSES RAMURES
Sous l’ombre de fraîcheur qui borde les charmilles,
L’étiage ruisselle et court à travers bois ;
Les branchages épais s’assemblent sous leur poids,
Se confondent, bruissant parmi les coronilles.
Mille aromes divers s’échappent des brindilles,
Emportant les senteurs qu’un léger vent accroît,
Fécondant les parfums au délice courtois
Qui déposent leur miel d’amènes estampilles.
Au-dessus du cours d’eau, papillons, libellules,
Poésie de beauté aux souplesses de tulles,
Esquissent leurs ballets aux charmes souverains.
Le chant des passereaux dans les basses ramures,
Epand une romance aux cieux azuréens…
S’envolent mes pensées en de jolies parures.
J’AURAIS VOULU SAISIR…
J’aurais voulu saisir chaque rai de lumière,
Pour fixer le décor des émois de mon cœur,
Vivre la poésie dès l’aurore en lisière
Des couleurs de l’été, et sa douce tiédeur.
Garder tous les parfums embaumant la clairière,
Et cette agreste humeur, regard contemplateur
Aux oiseaux puis aux fleurs, image hospitalière,
A la faveur des chants d’un hallier colporteur.
L’hirondelle des toits frôlant les vieux murets,
Aux matins de juillet survole les guérets,
Et gazouille au ciel bleu, chorégraphie légère.
Le frêle liseron s’éparpille aux fourrés
En brodant sa corolle à la vie bocagère ;
Que j’aime musarder, mes sens énamourés !
L’ŒIL DU POÈTE
Poète es-tu héraut d’une langue divine,
Imprimant de ton sceau l’esprit et la raison ;
Prophète quelquefois, de faveur qu’illumine
Cette aperception semant ton horizon ?
Dans le flou délicat que ta plume enracine,
Mouvement symbolique et riche floraison
D’un souffle qui se meut au sein de ta poitrine,
Poète, en tes pensées le mot n’a de prison.
Au leurre du miroir, des subjectivités,
Aux principes de l’art – élu des déités –
Tu éclaires l’obscur en tes imaginaires.
Et, si tout fuit, tout glisse, échappe à nos désirs,
Le Dieu caché en Toi, aux yeux visionnaires,
Donne grâce à ton cœur, aux rêves : les plaisirs.
SUR LES CHAMPS D’HERBE D’OR
Limpide comme l’onde en la splendeur étale,
Le bleu saphir du ciel, aux matins de printemps,
Répand tout son éclat de vénusté sacrale,
Sur les champs d’herbe d’or séduits en cet instant.
La corbeille odorante essaime, triomphante,
Les plus subtils parfums à la brise agitant
Des parterres de fleurs, dont le frêle pétale
Se grise d’un soleil, généreux et constant.
Mes regards affranchis aux décors tutoyés,
Vers d’étranges lointains se sont longtemps noyés,
Tandis qu’en leur ballet l’envol des hirondelles
Dessine au firmament d’arabesque tableaux.
Je reçois la leçon des forces naturelles,
Pressé d’évasion, au cœur, quelques sanglots.
SOUS UN CIEL D’INDULGENCE
La douceur jumelée d’essences vespérales
Parfume les bosquets de son galant soupir,
Quand le soir se résigne aux ombres théâtrales
Jaillissant d’un décor et venant s’y tapir.
Sous un ciel d’indulgence où le chant des cigales
Se poursuit dans les pins avant de s’engourdir,
Le pourpre étend son voile aux formes magistrales,
Qui parent les sous-bois d’un galon de plaisir.
Ô murmures berceurs d’un violon léger
Que l’approche nocturne invite à partager,
Dans la pale lueur aux bras de l’onirisme.
Miroir d’éternité où le songe fleurit,
Quand le dernier oiseau charme de romantisme
Son envol intuitif au breuil qui s’assombrit.
DES BONHEURS DÉLICATS
Quand la brise gémit sous la verte feuillée,
Dans l’humide clarté couronnant la fontaine,
Sous les taillis épais la sylve ensommeillée
Sort de sa léthargie dans l’aurore incertaine.
Sous l’œil vif de Borée* la grâce déployée
Des branchages nouveaux offre une vue lointaine
D’arbustes, de maquis, palette estampillée
Aux pigmentations que la lumière entraîne.
Mes bonheurs délicats aux flots mélodieux
Parfumés d’une essence accordée par les dieux,
Irradient mon ego et spiritualisent
Les sentiments profonds de mes émotions.
D’un séraphique archer des notes cristallisent
Leurs accents pastoraux : douces perceptions.
*Borée : fils d’un Titan et de l’aurore.
INVOCATION
Images floues d’un temps aux formes fugitives ;
Avènement des sens dans le carmin du soir,
Qui, généreusement, en mes pensées captives,
Déploient maints souvenirs comme un vieil ostensoir.
Le silence descend en litanies plaintives,
Expirant ses secrets sans le moindre surseoir,
Quand mes regards se font rêveries affectives,
Que mon âme respire et a don de me seoir.
Dieu que ce charme est rare au logis de mon cœur,
Lorsqu’un flot d’indolence y dépose en candeur
Tant d’égards, tant d’amour au creux de ma mémoire.
Aux mirages d’espoir, et dans l’aménité,
Que de visages chers dans cette intimité,
Tendent vers moi leurs mains en sortant de l’histoire.
ÉRUBESCENCE...
Dans le matin tissé de douce érubescence,
Quand les pastels s'en vont, courtiser l'horizon,
Les perles de rosée fluent en la frondaison,
Et diluent sur l'humus leur fragile existence.
Sous les arbres légers s'étend la confidence
D'un mouvement ténu qui chante la saison,
Dans les souffles d'azur prodiguant l'oraison :
Paisible litanie, mêlée de transcendance.
Beauté sanctifiée qui, dès le point du jour,
Aux harpes de ferveur dessine le velours
De l'haleine des fleurs tapissant le bocage.
L'aurore s'accomplit, et le merle siffleur
Marque son territoire en la tiède chaleur,
Ramage séduisant, au printemps en partage.
POÉTES ENTENDEZ !
Poètes entendez cette messe suprême
À l'Autel du Printemps qui sacre le réveil
Des bourgeons et des fleurs, sous le tiède soleil,
Sollicitant l'égard d'un gracieux baptême.
Dans l'air léger qui court, tel un bénin poème,
Les frêles papillons sortent de leur sommeil,
Butinent en dansant sur le rouge vermeil
Des fins coquelicots que la prairie essaime.
Dans la moiteur perlant le lustre des gazons
Qui courtise les sens, drape les frondaisons,
Mes regards attendris épousent la lumière.
Je respire aux bouquets les nectars velouteux
Que les filles d'Éole, en l'acte séculaire,
Sèment au pastoral : fluides et capiteux.
LA MÉLODIE DES BOIS
J’ai laissé mes regards en jachère à mon âme,
En ces enchantements tissés au fil du temps,
Pour mieux appréhender le sensible chantant
La mélodie des bois, dont mon âme se pâme.
Sentiers évanescents que la nature acclame
Sous un épais feuillage au silence envoûtant,
Lorsque, le soir venu, la pénombre s’étend
Et dispense aux contours un décor qui l’enflamme.
Dérobée aux ardeurs des moments incertains
Qu consignent le rêve en philtres clandestins,
Une source devient miroir du clair de lune.
Elle semble songer, refléter aux destins
Son onde inaltérée, discrète et opportune,
Silencieusement, glissant près des plantains.
AU CŒUR D’UN RITUEL
Dès l’aube safranée, au calme de l’automne,
Quand la flore s’éveille au deuil de l’horizon,
Quand la feuille caduque enrobe le gazon
Mille reflets dorés, au climat qui frissonne,
Dotent le bois transi d’un vernis monotone.
Douce mélancolie qui chante l’oraison
Lorsque l’œil larmoyant, en l’arrière saison,
De la Nymphe éplorée doucement s’emprisonne
Dans un vague lointain, sous l’aquilon cruel...
Un virginal désir, noble et spirituel,
Ressuscite l’écho d’un luxe solitaire ;
Une valse d’amour au portail de mon coeur
Dans la béatitude, occulte et salutaire,
Sanctifie, en trois temps troublante candeur.
LE ROI DE PIERRE
Sors de ton long sommeil, antique Roi de Pierre,
Toi qui as vu couler la rivière du temps ;
Offre donc aux Mortels ta pensée de lumière,
Un peu de ton Savoir pour calmer leur tourment.
Au seuil de ton Manoir, la magie séculière
S’infiltre au cœur des bois en un chant envoûtant,
Qui apaise l’esprit d’une aura familière,
Telle une ombre obstinée qui veille et qui m’attend.
Dans ton Palais glacé nul rempart, ni cloison,
Mais un Œil sans regard qui s’ouvre à ma raison ;
Saurai-je en décrypter les délicats arcanes ?
Apprendrai-je, aujourd’hui, et sans contrevenir,
Quelque décèlement* en mes pensées profanes,
Perdues dans un passé dont dépend l’avenir.
* Révélation
LUMIÈRE
J’ai respiré l’odeur d’étranges crépuscules,
Vêtus d’un sanglot d’or que la Muse a versé,
A l’Autel de la Lyre où le génie dressé
Des âmes du passé tient conciliabules.
J’ai entendu l’espoir de vers en leurs clausules
Venant de nulle part, qui m’ont bouleversé,
Dans les voix éthérées à l’accent distancé,
Dont les noms sont inscrits en lettres majuscules.
Etrange impression d’un insolite lieu,
Quand mon credo latent se corrèle au milieu
De ces tristes soupirs venus du fond des âges.
L’Intemporel étend son voile fugitif,
Où s’exprime un passé portant les héritages
De poètes en deuil d’un Art rétrospectif.
L’ORGUEIL DE LA SAISON
Quand la moisson du vent engrange mille fanes
Pour déposer, soyeux, sur l’humus automnal,
Un tapis dense, ambré, au bois domanial,
Lumières et couleurs s’ourlent en filigranes.
Et tel un violon révélant ses arcanes,
Dans d’agrestes accents – mystique récital,
L’insondable ramure, en l’air frais matinal,
Révèle des échos d’harmonies courtisanes.
Je laisse mes regards galantiser mon coeur,
Tandis qu’au firmament, comme en apesanteur,
Deux aigles bonelli planent près des falaises.
Je porte sur mon front l’orgueil de la saison,
Promis aux vénustés lustrées aveyronnaises,
Paysages de paix nimbant mon horizon.
AU SEUIL DU CRÉPUSCULE
J’ai laissé mes regards en jachère à mon âme,
Discrètement, j’écoute un chant plaisant d’oiseau
Qui s’échappe des haies entourant le closeau,
Tandis qu’au firmament, déjà, le jour s’entame.
Dans le mauve lointain dont le bois se réclame,
L’air s’avère conquis d’un sourd(1) arioso,
Aux gammes de vapeur, suave intermezzo,
Historiant(2) les sens d’un bienfaisant dictame(3).
Les arbres transpirant leurs gouttes de résine
Sous un dernier rayon du soleil qui décline,
S’offrent en solitude au soir silencieux.
Et, dans la tiède haleine au seuil du crépuscule,
Quand formes et couleurs rendent hommage aux cieux,
Dans la félicité, tout se fait majuscule.
(1) – Secret, occulte.
(2) – Ornant
(3) – Apaisement
VALENSOLE
Au lumineux matin, dans les champs de lavande,
Quand sous l’air chaud ondoient leurs massifs parfumés,
L’atmosphère s’embaume aux bouquets essaimés
Parcourant le plateau d’harmonies, en offrande.
Et, sous le souffle tiède où ma vue appréhende
La palpable beauté des pigments affirmés,
S’enfuient au bleu du ciel deux perdreaux alarmés,
Surpris par ma présence et volant vers la lande.
Dans le silence heureux, pastoral, lénitif,
Ô mon âme je songe, et mon coeur émotif,
Comme une litanie, chante une fervente ode.
Les abeilles, déjà, butinent le pollen
Sur les grappes de fleurs ; leur capiteux exode
Honorant les beaux jours en l’éther cristallin.
EN D’ULTIMES REFLETS
Dans les vapeurs du soir qui surplombent les crêtes,
Au rayon de soleil égaré, fugitif,
Lorsque le ciel consume et chasse en ses retraites
Les derniers traits du jour, tout devient intuitif.
Sur les sommets dorés, dans les failles discrètes,
D’indolents bouquetins suivent dans l’instinctif,
Des raidillons abrupts vers leurs bauges secrètes,
Pour y passer la nuit, l’œil toujours attentif.
Plus bas, dans la vallée, les rameaux mordorés
De l’intense feuillées, sous les vents murmurés,
Se nimbent aux pastels des prémices d’automne.
L’horizon rougeoyant darde ses yeux brandons
Sur les contours craintifs de l’herbe qui frissonne,
En d’ultimes reflets devenant moribonds.
L’ARCHET DE MON BONHEUR
Les jardins parfumés de senteurs vagabondes
Sèment leur doux encens aux effluves de miel,
Dans le sein nourricier des glèbes bien fécondes,
Dont la Provence en fleur à les grâces du ciel.
Pagnol, Mistral, Giono, chacun en leurs facondes,
Ont figuré l’histoire et l’existentiel
D’une vie, d’un folklore où les valeurs profondes
S’enracinent au creux du providentiel.
Quand, sous le soleil d’or, dans les pins la cigale
Stridule caressée de chaleur triomphale,
Le firmament frémit au rythme de leurs chants.
Et, dans ce lit d’amour, solennel, où la pierre
Muguette avec le thym dans les bois, dans les champs,
L’archet de mon bonheur orchestre la lumière.
LES 3 LACS
La beauté, l'harmonie nées d'un tel paysage
Où, à perte de vue, les buissons d'aunes verts
Couvrent l'immensité, prophétisent mes vers,
Près d'un col fascinant de nature sauvage.
Je goûte à son aura, et prise l'avantage
De petits ruisselets circulant recouverts
D'algues aquatiques et de bryons divers,
Dont l'eau pure, plus bas, ouvrage un marécage.
Des sentiers escarpés, ô combien exaltants,
Depuis le Plan Lachat vers les points culminants,
Aux trois lacs vont guider ma course montagnarde.
Le regard sensuel, fervent des hauts sommets,
La barre des Écrins, parure savoyarde,
Semble me défier : humble je me soumets,
Tandis que mon parcours prend des chemins plus sages...
SOUVENIRS DES ALPES
Près des pics tutoyant le ciel et les nuages,
Le soir, au jour tombant, le soleil vacillant,
Un parfum pénétrant exhale, bienveillant,
Les arômes subtils venus des hauts alpages.
Il pleut de la douceur, il se peint des images :
Discrète symphonie quand l’azur rougeoyant
Emprisonne d’amour l’herbe rare ondoyant,
Qu’un foehn atténué caresse sans ambages.
L’ombre du crépuscule étrécit le layon
Qui trace un long ruban, tel un trait de crayon,
S’estompe et puis se perd dans la gorge profonde.
Quand sombre en un soupir l’immense opacité
Sur les aspres* fleuries, la lune vagabonde
Semble déifier l’alpin sublimité.
* Mamelons caillouteux adossés à flancs de montagne.
PÉNOMBRE
La pénombre sylvestre endosse un velours noir
Sous le zéphyr câlin qui lèche la ramure ;
Les crêtes découpées bleuissent leur parure
De calcaire urgonien, longiligne miroir.
La couleur du couchant dans la douceur du soir
S’enveloppe de rêve et d’agreste peinture,
Tandis qu’en l’épinaie me parvient le murmure
D’un ruisseau familier qui se laisse entrevoir.
Mon âme est dans la joie, galante de sourire ;
La nature s’endort quand la vêprée soupire,
Que l’horizon se grise aux parfums de la nuit.
Parfois, un chant d’oiseau vient saisir le silence ;
Ramage délicat que j’écoute, séduit,
À l’instant où la lune au ciel fait allégeance.
ENTRE MER ET MASSIFS
L’aurore, dans l’or clair qui délie la colline
Des ombres déguisant quelques épais maquis,
Colporte la tiédeur, membrane cristalline,
Infiltrant ses bienfaits, au petit jour conquis.
Le bois se réjouit, et une odeur saline
Répand obligeamment l’essence de l’exquis,
Tandis qu’à l’horizon, quand la lune décline,
Les goélands tournoient au firmament acquis.
Les calanques, autour, cisèlent leurs dentelles
En un cortège heurté, aux bas-reliefs rebelles,
Charpartant les massifs de Marseille à Cassis.
Dans un ciel rose encor, aux couleurs sans pareilles,
Le printemps a chassé de l’hiver les soucis,
Et les chants de la mer courtisent mes oreilles.
UN LITURGIQUE ENCENS…
Le soir, au boqueteau, quand le ciel s’angélise,
Que les ombres se noient sous les rameaux épais,
Me parvient du hameau le timbre de l’église,
Dont la sylve alanguit l’écho aux tons de paix.
Toute source de vie se spiritualise ;
Ô ! quel muet bonheur dont mon cœur, sans délais,
Effeuille l’harmonie quand le regard s’enlise
Aux sous-bois dont l’humus se peint de violets.
Un zéphyr me surprend, vient caresser mon front,
Et se perd à l’entour, tel une litanie :
Complainte vaporeuse où le temps se confond.
Un liturgique encens dispense au pastoral,
Parfums de mille fleurs qui, de leur colonie,
S’endorment apaisées aux dons* du vespéral.
* Dans le sens de « bienfaits .

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