mardi 12 septembre 2006
Mes poèmes à forme fixe.
Par André Laugier, mardi 12 septembre 2006 à 12:51 :: Mes sonnets (3)

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Un bien-être, une joie, un sourire, une fleur ;
Puissions-nous accrocher à notre arbre de vie,
Chaque instant, chaque jour, un fragment de bonheur,
Engranger sa lumière où l’amour nous convie.
Qu’un peu d’enchantement, un soupçon de couleur,
Nous donne à espérer, nous procure l’envie
De remplir notre esprit, d’y unir notre cœur,
Caressant de courage une ardeur asservie.
Les tourments paraîtront un peu moins misérables
Aux fenêtres de l’âme… et les impondérables
Se feront plus légers et plus accommodants.
Nous baignerons alors au subtil des aurores,
Illuminant le ciel de philtres transcendants,
Pour épancher la foi en desseins indolores.
* Maître de soi-même
RÉMINISCENCE
Je me prends à rêver de ces Noëls d’antan :
Images de douceur parfumant ma mémoire ;
Bénies soient ces pensées d’un moment provisoire
Où passé et présent se confondent au Temps…
Tout revient jeune alors, et pourtant si distant ;
Dans un halo d’argent le chant d’un offertoire
Prélude au beau sapin, féerique, illusoire,
Scintillant sous l’éclat de guirlandes, flottant.
La crèche est au-dessous, les Rois de l’Orient
Entourant de leurs soins Jésus né sur le chaume,
Et Joseph et Marie ont le trait souriant.
Mille mercis mon Dieu de m’accorder faveur ;
Je revis ces instants comme on fredonne un psaume :
Noël, en mes yeux clos, renaît dans ma candeur.
HIVERNALE
Les flocons délicats, légers et cotonneux,
S’épandent sur l’humus comme un caftan platine,
Somptueux et princier dans la vallée alpine,
Dont les flancs, aux sommets, ont un manteau laineux.
Fièrement couronné par le blanc lumineux
Dans l’atmosphère fraîche, exquise et cristalline,
Le noble bois noueux des sapins s’acoquine
Au cortège divin d’un firmament crayeux.
L’aurore à la couleur de gaze diaphane,
En la saison d’hiver, dans le grand val perdu :
Et, au dessus du toit d’une vieille cabane,
S’échappe une fumée, immobile, abondante,
Qui, de l’agreste chaume, en un voile assidu,
Diffuse sa volute au ciel qu’elle charpente.
SOIR D’AUTOMNE
Les bûches malmenées par la flamme amarante
Gémissent, crépitant, léchées par le foyer,
Cheminée dont la braise est là pour égayer
Tous mes longs soirs d’automne et ma pensée errante.
Le plaisir velouté de senteur rassurante
Que dégage et répand le vieux bois de noyer,
Le soir au coin du feu que je vois chatoyer,
Est tendresse absolue, intime et inspirante.
Au travers des carreaux embués du séjour,
J’observe les flocons veloutés qui s’épandent,
Recouvrant, peu à peu, toute l’arrière-cour.
Courtisée par un ciel que les jours appréhendent ;
Au fond de l’horizon triomphe un voile obscur,
Quand un vol d’étourneaux longe un vétuste mur.
LES PRÉDATEURS
Les oiseaux de la nuit feutrent leur valse d'ailes,
Fondant dans les sous-bois, dont le bleu de cristal,
Habille au clair de lune un frileux végétal,
Et d'innocentes proies pour des serres cruelles.
Mulots et campagnols, aux destinées mortelles,
Essuient l'agression du hibou sans rival,
Dont le ululement, sinistre récital,
Résonne dans la brune et laisse des séquelles.
Mais quand, bientôt, viendra l'aurore et ses couleurs,
S'ouvriront, éthérées, maintes alpines fleurs
Dans la vaste forêt de sapins et de hêtres.
Un sentiment de paix et de doux chatoiements
Dans leur blancheur d'autel, aux ivresses champêtres,
Couvrira de repos ces massifs bien charmants.
PENSÉES D’AUTOMNE
Les feuillages ont pris cette couleur d’automne,
Pigmentés, aux contours, de l’ocre flavescent,
Diadèmes furtifs aux rameaux se dressant,
Meurtris par l’aquilon, dans un chant monotone.
Les voix de la forêt dont la plainte fredonne
Un appel lancinant au ton concupiscent,
Se perdent en soupirs dans le jour finissant,
Et le brame du cerf dans la vêprée résonne.
La coupole des cieux s’approprie le sous-bois,
Jette son manteau froid sur la glèbe aux abois,
Tandis qu’au loin les monts prennent couleur d’albâtre.
Aux vapeurs du marais s’envolent les colverts,
Venus sur l’onde pure en silence s’ébattre,
Rituel gracieux qui prélude aux hivers.
UNE VOIX…
J’entendis cette voix bien qu’il n‘y eut personne...
Mon cœur cherchant, en vain, un visage alentour ;
Comme une parabole au langage d’amour,
Une sainte espérance aussitôt m’environne.
Aux flambeaux étoilés de mon esprit résonne
Des mots bien radieux, de paix, rimant toujours
Avec ce flot béni de grâce, et dont l’atour
N’est que bénignité que la foi aiguillonne.
J’entendis cette voix aux mots de vérité ;
À la fois généreuse, ample de gravité :
" - Bien que tu m’aies cherché dans des temples impies,
Je suis le Créateur, ton Guide en même temps ;
Mon bras est la vertu, chasse les utopies,
Ma main est la Justice, et toi tu m'aimes tant.."
ÉLÉVATION
Mon Dieu n’a pas de nom, il est un et suprême ;
Son temple est mon esprit qui sustente mon sang ;
Dans la communion, dans la foi du baptême,
Il séjourne et soumet mon culte au bien naissant.
Lorsque je l’y reçois, il est comme un poème,
Sublimant ma ferveur, ne jugeant point – décent,
Vertus et vanités qui, en mon cœur bohème,
D’une joie épurée, s’épandent, m’enlaçant.
Il est amour divin, humain et généreux ;
M’accorde cette voix, à l’accent vaporeux,
Dont l’aimable douceur est seul plaisir d’entendre
Eclaire dans la grâce un obstacle à mes yeux.
Laisse-moi, Immortel, te toucher et comprendre,
Affranchir mes soupirs à tes élans soyeux.
COULEURS D’AUTOMNE
Sur l’écorce épaissie d’un chêne centenaire,
L’écureuil écoutait les sons de la forêt ;
Les arbres, caressés par l’aquilon discret,
Offraient, de leurs rameaux, l’harmonie séculaire…
Paysages brossés de romances qu’éclaire
Un rai concupiscent de soleil sur l’adret,
Donnant au bois le pourpre et l’or dans le secret
D’un mont qui se couronne au solstice en lisière.
Ô force vulnérable en cet îlot de paix,
Où le regard saisit, et toujours se repaît,
Des couleurs de la vie dans un bel état d’âme.
J’écoute les oiseaux aux poétiques chants,
Gazouillant la douceur que ma raison réclame ;
Je suis un panthéiste adulant mes penchants.
PARODIE AU SONNET
J'ai fait rimer ces pieds un peu en sens contraire,
Contraire au règlement qui doit régir les vers,
Vers ainsi bousculés, au style téméraire,
Téméraire et badin aux choix les plus divers.
Divers sont les motifs que ma Muse tolère,
Tôt l'aire de ce jeu y couchant à l’envers,
Envers et contre tout la rime que je gère :
J'erre, souvent conquis, dans l'abstrait, de concert.
Concert exubérant, excitant le propos,
Propre au mètre frondeur dont je suis le suppôt,
Suppôt respectueux d'humour de comédie...
Comme est dit maintenant le fond de ma pensée,
Pensez mes chers Lecteurs que cette parodie,
Pare au "dit" qu'on dira, n'est pas si insensée.
PARODIE AU SONNET (2)
Aimer la poésie c'est taquiner les mots,
Maux de tête, parfois, qu'une plume déleste
Des lestes et adroits termes aux vers jumeaux ;
J'eus mots pour l'entrevoir, dans la joie manifeste.
Manifeste éclatant aux couleurs des émaux,
Et mots-clefs, mots d'esprit que l'on aime ou déteste,
Des tests malicieux rendent originaux,
Originaux les vers, et la plume digeste.
Dix gestes, cependant, doivent y satisfaire :
Satisfaire à l'envie, aussi au savoir-faire ;
Savoir faire au brio , avoir quelque doigté,
Doigté d'images, sons, d'accents et puis de rythme ;
Rythme dans l'harmonie et la diversité :
Dix vers cités, au moins, pour faire chanter l'hymne.
PARODIE AU SONNET (3)
Un sonnet, voyez-vous, ça tient à bien des choses,
Choses comme césure à chaque pied comptant ;
Contant d'y parvenir en rimes grandioses :
Grandis osent les mots, sans défaut pour autant.
Aux temps de mes débuts, ne respectant les clauses,
Closes à mon savoir qui n'était important ;
Important des idées, m'appliquant à leurs causes,
Qu'osent les passions, j'ai vaincu, insistant...
Ainsi ce temps passé, après bien des dommages,
D'aide aux Mages je n'eus pas besoin de messages,
Mes sages volontés m'aidant à être auteur.
Hauteur ? l'ai-je gagnée ? je n'en suis pas au faîte ;
Faites, Ô Polymnie que mon esprit frondeur,
Frondeur mais déférent, au sonnet soit en fête !
AU BON TROU DU CRU
La salle était bruyante en voix et pots de vin,
Tandis que vacillaient aux chandeliers les flammes
Sur des tables noyées aux fumets de bovin.
Ces messieurs, installés auprès de belles dames,
Cultivaient un langage ampoulé et chauvin,
Enfiévrés par l'alcool dont leur sang plein de grammes
Se purgeait à coup sûr aux vertus du... Divin.
Et l'on n'entendit point, c'est "clair" d'épithalames
Au bouge, rendez-vous des goulus de piquettes ;
Simplement la chanson du cru dont les pompettes
Se gorgent, satisfaits, d'échos dans les ballons.
Le vin, la bonne chère, ont ceci d'agréable,
Qu'imprégné et repu, mieux que ventre au talon,
Les mots viennent tout seuls... la cuite est mémorable !
Bastides et forêts, légendes et cultures
Griffent d'un caractère et d'authenticité,
Les vallées dominées par ces belles sculptures
Que forment les châteaux : écrins d'identité.
Depuis les Jardins d'eau, superbes signatures
Décorées de lotus, de nymphéas, l'été,
La magie végétale offre grâce et peintures,
Quand les ifs et le buis y donnent densité.
Havres de poésie, où les fleurs et senteurs
Affirment l'élégance, unies aux murs flatteurs
Des forts prestigieux fleurant la Renaissance.
J'admire les bassins, j'engrange, sensuel,
Aux arbres odorants leur aspect de romance
Quand s'arrête le Temps, témoin spirituel.
EN PÉRIGORD
Près de cent dix châteaux flattent le Périgord,
Où le fier paysage, immuable et splendide,
Du Val de la Vézère au boqueteau me guide
Au parcours historique, authentique et accort.
Le long de la Dordogne ayant l’eau pour décor,
Au milieu des allées dans un espace humide,
J’invite mon regard vers le cours d’eau rapide,
Orné de nénuphars, d’agapanthes au bord.
Cascades et bassins répandent l’élégance
Sous un écrin d’azur dont l’air en connivence,
Dispense maints parfums venant de la forêt.
Tout près, les chênes verts au charme séculaire,
Côtoient les châtaigniers, voisinage discret ;
Je m’invite au lyrisme, et ma plume est légère.
SÉDUCTION
Parfums de seringats gorgés de rais solaires,
Qu’un menuet d’amour inonde de printemps,
Le cœur, ces matins-là, pétri d’odeurs légères,
Dispense des accents de songes envoûtants.
Tour respire à l’envie des charmes éphémères
Dont les vergers sont ceints de souffles palpitants.
Les sources de cristal aux filets d’eau chantants,
Répandent l’onde pure infusant les fougères.
Près d’une haie ramage un discret rossignol ;
De buissons en rameaux qui dominent le sol,
Lui offrant un abri de couleurs, de silence.
Éclose de beauté, à mon œil familier
Les fleurs, de mille feux, deviennent providence…
Dieu que cet agrément est plaisir singulier !
PAR LA VOIX DU POÈTE
- Un sonnet sans défaut vaut seul un long poème -
Avez-vous affirmé, sensé, monsieur Boileau.
De cet art poétique où la rime en huit-clos,
Sur seuls quatorze vers fixe son diadème.
Fille de la douleur, mais douleur que l'on aime,
Soumise à la contrainte où la règle prévaut,
Cette Muse sévère, avec un soin dévot,
Exige la cadence, et l'orne à son emblème.
Par la voix du poète un sonnet entendu,
En la forme et le fond au travail assidu,
Triomphe souverain, musical d'élégance.
Redouté, adulé, en son couronnement
Il embellit les mots, leur donne leur essence,
Et fait chanter le mètre à l'orée du charmant.
PHANTASMES
Comme les Déités surgies de l’empyrée
Dans un voile de soie, superbe, immaculé,
Qui ondoient sous l’effet d’un mouvement coulé,
Des formes semblent naître au sein de la spirée.
Et la harpe du vent fredonne, énamourée,
Un Oratorio palpable, auréolé,
Comme venu des Cieux à bord d‘un char ailé,
Afin que mon ouie en soit exagérée.
Vision inspirée, phantasme inconscient ?
Cloîtré je vis un rêve, un rêve omniscient,
De braise et de douceur, voluptueux, occulte.
Soudain, à mon regard, comme un miroir du Temps,
Défilent effigies de visages… et j’exulte,
Mariant le réel à l’abstrait persistant.
FRIMAS
Le bois dissimulé sous les couches de glace,
Assombri par le gel qui s’attarde, vitreux,
Soupire et geint le soir à l’hiver rigoureux,
Tandis que l’angélus sème un écho fugace.
Dans la glèbe au sein froid l’aquilon dédicace
Son empreinte rétive – hostile et orgueilleux ;
Sous l’abri des rameaux, un tétras sourcilleux,
Indifférent, s’obstine auprès d’une crevasse.
Dans les fourrés ombreux qu’un beau voile lacté
Vêt de mille splendeurs, mon regard invité
Cueille le temps qui passe, au bonheur me convie.
En la douce beauté de mon inconscient,
Quelques desseins cachés cèdent à mon envie,
S’abandonnent au chant d’un rêve impatient.
LA LYRE ANTIQUE
Le myrte et le laurier puisent au séculaire
Le chant de l'Hélicon, hymne des jeux floraux,
Dont les poètes grecs, dans leur art légendaire,
Ont sublimé la prose et les vers pastoraux.
Les Muses et la Lyre en un preux savoir-faire,
Au papyrus discret, tels bijoux de coraux,
Sertirent l'excellence en leur plume exemplaire,
Dont nous parvient encor l'ode de ses hérauts.
Lyrisme d'un passé chargé d'émotion,
Célébrant le mythe en la méditation,
De Cléanthe à Procus, dans une oeuvre imposante,
Quand Plutarque enchantait de ses couplets guerriers.
La grandeur byzantine est magique et troublante,
De fins alexandrins en étaient trésoriers.
CHIMÈRE
Surgis d'un fier passé, poètes de lumière
Aux noms prestigieux, maîtres du floréal,
Vous vous manifestez, couverts de l'idéal,
Dans un souffle de lyre : image familière.
Dans le miroitement d'une âme hospitalière,
Je vous accueille tous, déférent et loyal,
Élevant mon respect en un fin madrigal
Composé promptement, et plume créancière.
Au jardin de mon coeur vous chantez vos poèmes,
Un bouquet de sonnets, d'alexandrins bohèmes,
Qui signent sur mon front l'éclat des vers anciens.
Je goûte énamouré aux vertus de vos rimes,
Où s'ancrent des quatrains d'attraits Parnassiens ;
Je triche avec mon temps : les détours sont sublimes.
L'AURORE DE MES JOURS.
Parmi les églantiers et l'aubépine en fleur,
Tandis que le soleil, en sa splendeur première,
En robe safranée teint d'ocre la lumière,
Dans le chant du matin, l'azur est créateur.
Aux bois énamourés qu'un zéphyr séducteur
Caresse, modéré, la bande forestière,
Se mêle le concert des oiseaux en clairière,
Gazouillis dont le pâme un décor de douceur.
Mon humeur est pudique, et ma discrétion
Devient idolâtrie, une perception
De mes sens en éveil devant Dame Nature.
Monarque inconsistant aux pensées de velours,
Soumis, mais souverain, observer me rassure :
De la nuit je ferai l'aurore de mes jours.
JONQUILLES
Reine de la prairie et de la forêt claire,
Féerique couronne aux contours ondulés,
La jonquille, au vernal, boutons auréolés
De ses clochettes d’or, devient la joaillière.
Sa fragrance soyeuse offerte au sanctuaire
Des massifs et gazons de couleurs constellés,
Diffuse tendrement les arômes mêlés
Des bouquets aux pollens que le soleil vénère.
En sourdine mon cœur délivre l’agrément,
Tel un voile secret qui, dans son déploiement,
Emporte les rayons d’une paix éternelle.
À l’horloge dorée du rituel du temps,
Tandis qu’un roitelet trille une ritournelle,
J’engrange une lumière en mon cœur de printemps.
LA SYLVE
Que j’aime m’éclipser à l’aube du printemps,
Dans l’éblouissement des forêts de grands chênes ;
Tandis qu’au ciel dressé, leurs cimes souveraines
Lèvent leurs fiers bouquets en défiant le temps.
Une source, sous bois, me retient un instant ;
Ombragée de feuillus, les eaux y sont sereines,
Et viennent caresser les laîches riveraines,
En un doux clapotis qui me parvient, chantant.
Rêver, rimer, muser, sous l’azur de luisance,
Voir les fleurons du jour semer avec aisance
Les parfums de la sylve, ont sens de m’émouvoir.
Et mon âme crédule, en ma quête discrète,
Se laisse diriger, en la marche distraite,
Dans le petit matin, en apaisant mes soirs.

AU BORD DU LAC
Penché au bord du lac dont l’onde bleue turquoise
Me renvoie les reflets de paillettes d’argent,
Je glisse mon regard vers un tapis d’armoise,
Où me toise, craintif, un oiseau voltigeant.
Lumière inaltérée d’un pinceau qu’embourgeoise
La Nature embellie au soleil obligeant,
Les bouquets parfumés, d’une grâce courtoise,
Se gorgent d’un manteau, soyeux, les assiégeant.
Complice de mes sens, caressant mon plaisir,
Le printemps m’emprisonne ; et mon cœur, à loisir,
Comme un aveu d’amour se pâme d’hédonisme.
Horus, Dieu du Silence et du Soleil Ailé,
M’invite en son jardin, et, en un mimétisme,
Je me fonds au milieu, un peu ensorcelé.
LA MOISSON DES SAISONS
Par l’odeur, les couleurs, le toucher et l’écoute,
- Engagement de foi, promesse de bonheur -,
À l’herbier de l’Instant je cueille, admirateur,
La moisson des saisons, complice, qui m’entoure.
Mon cœur est un soleil auquel mon âme goûte
La chanson de douceur qui, d’un écho flatteur,
Agrémente mes sens d’un trouble admirateur ;
Mon regard se remplit des grâces sur ma route…
De ma lyre affidée se répand un accent :
Une note sensible, éperdue, qui consent
Aux pulsions des mots une valse de rimes.
Discrètement conquis au Temps je me blottis,
Je nimbe mon esprit de pensées magnanimes,
Pour fomenter des vers auxquels je m’investis.
HYMNE AU SONNET
S’il est des vers choisis, précieux de tendresse,
Des vers glissant tout seul sur le papier vélin,
Pour sceller, dans le temps, des mots que l’on s’empresse
D’exprimer comme un chant à l’accent cristallin,
Le sonnet souverain consacre, dans l’ivresse,
Aux sens exacerbés ce plaisir sibyllin ;
Abscons, insaisissable à l’ode enchanteresse
Qui saisit notre cœur, aussi doux qu’un câlin.
Cherchant du vrai le beau pour coucher au feuillet
L’émotion nimbée d’un déférent billet,
Le velours de la plume en assouplit la rime.
Poète, au trait final, révèle le contour !
Pour qu’au dernier tercet, une fougue sublime
Couronne, brillante, l’objectif du parcours.

UN MATIN PRÈS DES CRIQUES
Comme une broderie ciselant le satin,
Dont les bords dentelés fardent un pur ouvrage,
Les criques découpées, asservies à l'outrage
Des marées et des vents, s'érodent au destin.
Malmenées par les flots d'éclat diamantin,
Comme une égratignure effleurant le rivage,
La roche burinée, insoumise et sauvage,
Déchire les ressacs dans le petit matin.
Les calanques aux embruns moirant le fier calcaire,
Au murmure des eaux, marient les éléments,
Et j'assiste au ballet, un peu en locataire,
Des goélands volants qui, dans leurs errements,
Emportés dans le ciel entre mer et rivage,
Paraissent naufragés venant d'un long voyage.
LE SOIR.
En un rite discret, dissipé par la lune,
Quand se perd et se noie, dans un dernier rayon,
Le soleil amarante au son du carillon,
La bourgade s’endort et se farde, opportune,
D’un manteau de sommeil recouvrant la commune.
L’étoile du Berger, tel un premier maillon,
Empanache le ciel, pointe son aiguillon,
S apparie, glorieuse, en flatteuse fortune.
Mon cœur est transparent, murmure à mon esprit
Un poétique chant, symphonie dont pétrit
Un orchestre inventé de musique et de rêve.
La nuit vient de tomber, triomphante et sans bruit ;
Puis je longe la haie quand mon regard s’achève
Au bleu immaculé dont l’éther se construit.
GÊNE EXQUISE
Du poème il est roi quand la poésie reine,
Aux sons d'accords parfaits met la musique aux mots ;
Deux quatrains, deux tercets, chacun presque jumeaux,
Et la pointe, en final, concluant, souveraine.
En rimes embrassées il marque son domaine ;
Génie, l'alexandrin en tisse les rameaux,
D'où s'échappe un bouquet, tel un éclat d'émaux,
Dont les tons, l'harmonie, s'élèvent d'Hippocrène.
Sa contrainte est exquise, en disait Valéry ;
Chaque vers est prélude à un écho fleuri ;
Mais l'art est délicat, et la beauté parfaite.
Chef d'oeuvre inégalé, trésor d'ambition,
Que rêve tout poète exigeant et esthète :
Un son né sans défaut est jubilation.
LE TORRENT
Impétueux cours d'eau chargé d'alluvions,
Serpentant, montueux, dans la vallée étroite,
En soupirs vagabonds que l'osmonde* convoite,
Prenant source aux séracs dans leurs impulsions.
Dans sa folle allégresse aux dérivations
D'un parcours tourmenté que le canal exploite,
Tel un creuset d'airain où le soleil miroite,
Il s'enfuit, orgueilleux, en ondulations.
La neige, en les hauteurs, est de dentelle blanche ;
Son corset soyeux sur la roche se penche,
Et offre à la nature une écharpe d'argent.
Dans le frisson du vent qui chante sa romance,
Vibre l'écho lointain d'un clocher partageant
Le suave refrain d'un son de confidence.
J’AI VOULU…
J’ai voulu, ce matin, composer un poème
Dont les mots s’écriraient sur un fleuve d’argent,
Emportés par les flots d’un courant diligent,
Et dont chaque quatrain aurait l’eau pour baptême…
J’ai rêvé que mes vers prendraient l’éclat de gemme,
Cristallins, ciselés, chacun d’eux partageant
Mes désirs enflammés d’un élan obligeant,
Afin de s’assembler comme un bijou qu’on aime…
Au sillage de l’eau, sans orgueil, isolé,
J’admirerai discret, un peu ensorcelé,
La ronde de mes traits comme une litanie.
Complice des reflets de l’onde, en cet instant,
La poésie prend corps, se découvre, bénie ;
J’en déchiffre l’image en un bonheur latent…

S'ENFUIT LE TEMPS.
Seul le Temps est perdu quand l'amour est absent,
Car si l'amour soulage, il dissout et dissipe
Nos plus belles pensées qu'un instant anticipe,
Réduisant à néant notre coeur fléchissant.
Le désir amoureux est fil opalescent
Aux reflets irisés, mais ne nous émancipe
De la contrainte, hélas, qui souvent participe
À rendre plus obscur le ciel nous menaçant.
Le ciment de la vie, loin de la servitude,
Doit étreindre l'appel face à la solitude
Qui assigne le froid au regard chargé d'or.
Le Temps n'a pas d'égal qu'un Destin il défie,
Son ombre se répand sans jamais de remord...
A la raison d'aimer que Vénus me convie !
L'EGO
Ressentirai-je, un jour, mon coeur venant d'épandre
Au soupir des forêts, au chevet de ma foi ;
Et à l'orée du breuil appréhender l'émoi
Rare et capricieux que je suis las d'attendre ?
Et dans ce lieu nimbé pourrai-je enfin entendre
Le murmure feutré, face à mon désarroi,
Cette chanson d'amour qu'Oréade a pour moi,
En modulant des sons que son panache engendre ?
Ma raison s'interroge au suave désir
Qui surgit, envoûtant, dont je dois me saisir,
Et dont mon âme, alors, pourra se satisfaire.
Sous le dais étoilé, l'onirisme secret
Me convie, bien badin, au dessein arbitraire :
Je cueille, en cet instant, le lyrisme et l'abstrait.
PASTELS…
Pantoum
Comme des bras tendus vers un charmant visage,
Deux rameaux d’églantine offrent leurs plans de fleurs,
Ondulant sous la brise et donnant au bocage
Un suave parfum courtisant les couleurs.
Deux rameaux d’églantine offrent leurs plans de fleurs ;
Se faufile un sentier, sinueux, solitaire ;
Un suave parfum courtisant les couleurs,
Se perdant comme un chant dans l’aube printanière.
Se faufile un sentier, sinueux, solitaire,
Emprunté des amants qui se content mots doux,
Se perdant comme un chant dans l’aube printanière,
Tout au long de leurs pas se donnant rendez-vous.
Emprunté des amants qui se content mots doux,
Tandis qu’un rossignol en le sous-bois se glisse.
Tout au long de leurs pas se donnant rendez-vous,
La beauté des pastels, tonique est novatrice.
Tandis qu’un rossignol en le sous-bois se glisse,
S’abrite du regard dans les haies d’arbrisseaux,
La beauté des pastels, tonique est novatrice :
S’étend lascivement sous les feuillus arceaux.
S’abrite du regard, dans les haies d’arbrisseaux,
Un authentique écrin, intime paysage ;
S’étend lascivement, sous les feuillus arceaux,
Comme des bras tendus vers un charmant visage.
FRIMAS
PANTOUM
Que j’aime ces couleurs diaprées de l’automne,
Ces nuances, ces tons qui flamboient, contrastés ;
Voir aussi dans les prés, le brome qui frissonne
Sous l’aquilon précoce aux soupirs tourmentés.
Ces nuances, ces tons qui flamboient, contrastés,
Où la feuille jaunie tourbillonne, légère,
Sous l’aquilon précoce aux soupirs tourmentés,
Dans la grisante odeur, limpide messagère.
Où la feuille jaunie tourbillonne, légère,
Avant de s’abîmer sur l’humus capiteux,
Dans la grisante odeur, limpide messagère,
Annonçant les frimas sous un éther laiteux.
Avant de s’abîmer sur l’humus capiteux,
La nature s’endort, chamarrée, élégante,
Annonçant les frimas sous un éther laiteux ;
La sylve qui chatoie semble bien arrogante.
La nature s’endort, chamarrée, élégante,
Tel un bijou serti dans son coquet écrin,
La sylve qui chatoie semble bien arrogante,
Paraissant défier la saison en déclin.
Tel un bijou serti dans son coquet écrin,
Le blanc revêtement du grand manteau neigeux
Paraissant défier la saison en déclin,
Habille tout le bois d’un tapis généreux.
Le blanc revêtement du grand manteau neigeux
Recouvre entièrement le relief qu'il galonne,
Habille tout le bois d’un tapis généreux ;
Que j'aime ces couleurs diaprées de l'automne.
L'ÉDEN DES PYRÉNÉES.
Le temps s'est arrêté aux portes de l'ivresse,
En ce moment précis, grandiose en mon coeur,
Où le regard pétri de charme et de couleur
Découvre les grands lacs, les torrents : leur noblesse.
Sites majestueux de forêts où ne cesse
Le dépaysement qui m'invite : enchanteur.
Cirques monumentaux et cascades, en choeur,
Murmurent l'agrément mythique et la promesse
D'offrir cette magie née d'atours séculiers...
Un océan d'amour : balcons hospitaliers,
Et que Victor Hugo célébra en la rime.
Éden des Pyrénées, Cauterets griffe au temps
Comme un soupir de paix que le lieu légitime :
La nature, lyrique, y chante à quatre temps.
IMPRESSIONNISME PYRÉNÉEN
Ce matin mon regard découvrit, grandiose,
Tous les charmes discrets du beau Val de Lutour ;
Et je goûte aux instants la douce symbiose
Qui unit mon ego au champêtre alentour.
Admirateur conquis au décor, à la cause
D’un site consacré, où le lever du jour
M’offre, aux reflets des lacs, quand le soleil s’impose,
Les monts avoisinants qui mirent leur pourtour.
Se laissant deviner, au loin, le Vignemale
Dresse son haut sommet, quand l’espèce animale :
Isards, vautours font corps à l’environnement.
Quand les rivières chantent en la Nature fière,
Que le parfum des bois devient rayonnement,
Je vais vers nulle part en terre familière.

DANS LE BERCEAU DE L’AUBE
La nature se vêt aux couleurs de l’automne,
En ce mois de septembre au soleil généreux ;
Les royales splendeurs dans le bois langoureux
Invitent le regard, quand l’esprit s’abandonne.
Les chemins forestiers auxquels je m’environne
Sous les épicéas : déférent, amoureux,
M’offrent l’endroit superbe, enivrant, savoureux.
Un message de paix : un chant d’amour fredonne…
Et jusqu’au Pont d’Espagne, au Gave du Jeret,
Je m’engage, serein, en parcourant l’adret
Pour découvrir, plus haut, l’imposant lac de Gaube.
Que d’orgueilleux glaciers s’érigent vers le ciel,
Découpant leurs contours dans le berceau de l’aube !
La fraîcheur du matin est attrait sensoriel…
QUAND L'OEIL IMMORTALISE...
Je suis le photographe où l'oeil immortalise
Autant le brouillard flou que reliefs escarpés ;
Je peins par le regard l'image que courtise
Mes sens exacerbés : plaisirs anticipés.
Hommage à la beauté que mon coeur poétise,
En suivant les lacets sous les hêtres groupés :
Arbres silencieux que le Gave baptise
En cascades où l'eau suit des cours découpés.
Lumière diaprée dans le chant des torrents
Dont la rumeur de l'onde, aux hymnes récurrents,
Confie sa mélopée du fond de la vallée.
Fascinante nature où les charmes discrets
Marient au sibyllin d'éclectiques attraits,
J'admire et je médite en l'harmonie ourlée.
J'AI PARLÉ...
Quand j'ai parlé au bois, il m'a chanté la terre ;
Puis j'ai parlé à l'eau qui m'a chanté le ciel ;
Comme une fleur mon âme, au confidentiel,
Goûte au charme discret que la sylve libère.
Je donne un sens aux teints, aux parfums ; me réfère
Au murmure coquet, doux, providentiel,
Qui inspire mes vers à l'existentiel,
Pour exprimer des mots que seul le coeur confère.
Bientôt aux souvenirs naîtront quelques regrets
D'un lieu d'exception, sur un fond pathétique ;
Et je mesurerai à mes regards soustraits
Combien ces lacs, ces cols, et ce cadre authentique,
Représentaient le gain précieux, savouré :
Jours où le fugitif ponctue le vénéré.
ÉCHOS PYRÉNÉENS
Symphonie des couleurs orchestrées par l'automne,
Du Val de Barèges et jusqu'à Gavarnie,
Où le vert paturage annexe à l'harmonie
Gentianes, chardons sous le vent qui frissonne.
Lieu paradisiaque où le rustique ordonne
Et abrite une vie d'immensité bénie,
Dont les cirques géants, comme une symphonie,
Répètent les échos sous un ciel qui moutonne.
J'ai vu le Mont Perdu, la brèche de Rolland ;
L'aigle royal aussi, majestueux : volant
Au-dessus de grands cols au massif de Pibeste.
J'ai senti, écouté, les parfums et tout bruit
Où mes sens en éveil, nourris au manifeste,
M'ont inspiré respect et davantage instruit.

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