vendredi 30 janvier 2009
Mes sonnets (5)
Par André Laugier, vendredi 30 janvier 2009 à 17:34 :: Mes sonnets (5)
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J’ai prêté mon oreille à un Divin message,
Pénétré d’équité et de sérénité ;
Un appel de clémence où mon cœur invité,
Ainsi que dans l’Olympe en perçoit le langage.
Des propos liliaux, de foi et de partage,
Dont Dieu seul est la Source et la Félicité,
Qu’un immuable jour luisant de vérité,
Infiltre de sa voix, une voix sans visage.
Je me prosterne et prie au transport de l’esprit,
A la grâce invisible où mon élan s’inscrit,
Dans le cheminement d’une sacre herméneutique.
Seul, mais en compagnie d’un ego transcendant,
J’écoute en probité cette apologétique,
Comme une onde de l’âme au credo ascendant.
LE VIEIL ÉRABLE
J’ai contemplé souvent, pensif, le vieil érable,
Au feuilles mordorées ombrageant le verger,
Son large tronc noueux qui semble interroger
Les jours et les saisons, au temps, invulnérable.
Ses rameaux s’élevant dans l’âge vénérable,
Tels des doigts gracieux comme pour arpéger ;
Jouer avec le vent, sans paraître y songer,
Un oratorio, concert presque palpable…
Dans l’air tiède, si pur, languide et parfumé,
L’âme et mon cœur unis en écho ont rimé
D’un musical accord, mélopée un peu triste.
Mes regards, doucement, se laissent envoûter
Dans cette congruité de charme idéaliste,
Qu’un pinson par son chant tous mes sens vient flatter.
LA VITRINE DES MOTS
Le poète sculptant des vers que l’âme éclaire,
Erige au piédestal sa vitrine des mots ;
Architecte du Verbe aux luisances d’émaux,
Qu’en habile artisan il ourle au savoir-faire.
Dans la solennité de son imaginaire,
Son langage se love à des schèmes jumeaux :
« Regards » et « sentiments » sont d’obligés rameaux,
Où s’épure la forme au vers son corollaire.
Car le monde du barde est chant compatissant,
Obscur et lumineux, tourmenté, frémissant,
Où tout a été dit, où tout y est intime.
Et dans l’intensité née de l’émotion,
Sur le dense noyau qu’un quatrain légitime,
Se cheville un symbole, objet de passion.
ROMANCE HIBERNALE
Dépose en ton écrin cette poudreuse blanche,
Firmament hibernal habillant mes regards,
Qui sur les champs irise en de subtils égards,
L’immaculé manteau où le froid se retranche.
Un grand oiseau de nuit sur l’orpheline branche,
Observe, indifférent, une harde d’isards
Migrant vers l’horizon, aux appuis montagnards,
Et dans le clair matin, marchant l'allure franche.
L’onirisme patent transpire aux sentiments,
Quand le ciel s’angélise à mes raisonnements,
Sous l’aile enveloppant ce préau du silence.
C’est l’heure où la pensée voisine les frissons,
Quand les nymphes bénies ont éteint leurs chansons
Qui, portées par les vents, éloignent leur romance.
DANS LES OCRES DU SOIR
Les rameaux orphelins enveloppés de brume,
Chargés d’un cotonneux corset immaculé
Dont se vêt la nature, au firmament voilé,
Se parent d’un jabot qui le grand froid exhume.
Dans les ocres du soir, et que l’humus parfume,
La beauté du moment, doux tableau révélé,
Pénètre en solitude au charme dévoilé
D’une exquise agonie où le bois s’accoutume.
Le Séraphin des nuits, au port évanescent,
Veille du firmament, devenu rubescent,
Sur le boqueteau qui de ses ors se dépouille.
Un lourd tapis soyeux s’enivre de langueur
Dans la clarté qui fuit, que la sombreur verrouille,
Coiffant de son manteau l’hiver dans sa rigueur.
AUX PREMICES DU JOUR
Eole caressait la cime frémissante
Des trembles se dressant, feuillages conquérants,
Tels des hérauts du Temps, l’allure évanescente,
Dont le menu soupir expire aux vents errants.
Au soleil du matin, dans l’ombre finissante,
Quand l’orient carmin, dans les cieux rassurants,
Ensemence au culmen* cette chaleur naissante,
Une couronne d’or s’étend jusqu’aux torrents.
Aux flancs de la forêt dont la verte crinière
Est encor endormie, doucement, la lumière
Accompagne le bois qu’elle vient atourner.**
J’enrichis mes regards sous le chant d’une Lyre,
Surgi de nulle part, et venant fredonner
L’écho de la Nature où mon esprit s’inspire.
* Sommet ; cime d’une montagne.
** Embellir ; orner.
JUSTE UN PEU DE CALCUL…
Si deux fois quatre : huit, et deux fois trois font six,
Avec quatorze en tout on résout le problème ;
L’offensive prend forme avec les « quatre » en bis ;
Après ce premier « huit » se dessine le schème..
On divise, à propos, programmant la praxis :
Le « six » en deux jumeaux dans un élan suprême,
Procédé qui nous vient de ces beaux temps, jadis,
Mathématiquement conforme à ce système.
Juste un peu de calcul pour soigner la structure,
Et le sonnet prendra satisfaisante allure.
« Quatorze » égale « huit », plus « six » : l’addition
Ne doit jamais souffrir de cette symétrie,
Le système est parfait de disposition,
Ne déroge à la règle ou à l’étourderie.
SOUS LES BAISERS D’EOLE
Ah ! que n’ai-je chanté sous les baisers d’Éole,
Infusant leur fraîcheur et, tôt, m’enveloppant,
Dont l’enchanteur zéphyr dans la sylve répand
Un souffle de candeur quand la feuille s’envole.
Je chante au rêve pur à l’heure où je m’isole
Au milieu de la flore où l’harmonie s’épand,
Tandis que l’arbre dresse un tronc noueux grimpant
Vers l’azur caressant qui lui sert d’auréole.
Paysage alangui au maintien automnal,
Dont j’arpente, dès l'aube, au chemin vicinal,
Le parcours séduisant sur les cailloux d’albâtre.
J’entends venir du loin la voix d’un carillon,
Quand, soudain, des oiseaux, migrant, viennent s’abattre
Près d’une pièce d’eau, au bord d’un pavillon.
AUX JARDINS DE PHOEBUS
L'été s'est invité aux écrins de verdure,
Et les fleurs constellant les grands horizons verts,
S'offrent en volupté dans les champs recouverts
De corolles fluant leurs parfums de parure.
En poète j'observe aux accords de peinture,
Les élégants pastels à mes regards offerts,
Tandis que les oiseaux solfient leurs doux concerts,
Comme des vers chantés sans aucune césure.
L'amour et l'harmonie semblent tomber du ciel,
Quand le temps s'énamoure et, providentiel,
Satine ces instants d'un coquet onirisme.
Enveloppé d'extase en mon esprit captif,
Aux jardins de Phoebus je respire au lyrisme,
Et ma pensée m'incite au sonnet créatif.
DANS LE SOUPIR DU JOUR
Lorsque l’hiver venu le froid givre le champ
D’un soyeux diadème habillant le gazon,
La voix de l’aquilon commue en oraison,
Dans le soupir du jour, tel un rigide vent.
Sous l’arpège arrogant de sons se chevauchant,
Pénétrant la nature en sa défeuillaison,
La ramure endormie ne dresse à l’horizon,
Que des moignons transis, bistrés, se desséchant.
Un voile de tristesse heurte un brouillard rebelle,
Où gémit doucement un cours d’eau qui ruisselle,
Dont l’étiage fuit, languissant, au vallon.
Comme un grand violon dont l’archet séraphique
Exalterait mes sens, je nourris un frisson,
Grisé par l’Harmonie agrégée au lyrique.
AU BERCEAU DU SENSORIEL
La nature se vêt aux couleurs de l’automne,
En ce mois de septembre au soleil généreux ;
Les royales splendeurs dans le bois langoureux
Invitent le regard, quand l’esprit s’abandonne.
Les chemins forestiers auxquels je m’environne
Sous les épicéas : déférent, amoureux,
M’offrent l’endroit superbe, enivrant, savoureux ;
Un message de paix qu’un chant d’amour fredonne…
Sur les berges d’un lac qu’entoure la forêt,
Je m’engage, serein, de l’ubac à l’adret,
Longeant en mon parcours des joyaux de lyrisme.
Que d’orgueilleux glaciers s’érigent vers le ciel,
Découpant leurs contours, polis de symbolisme,
En secrète unité au providentiel.
DISCRÈTEMENT CONQUIS...
Par l’odeur, les couleurs, le toucher et l’écoute,
- Engagement de foi, promesse de bonheur -,
À l’herbier de l’Instant je cueille, admirateur,
La moisson des saisons, complice, qui m’entoure.
Mon cœur est un soleil auquel mon âme goûte
La chanson de douceur qui, d’un écho flatteur,
Agrémente mes sens d’un trouble admirateur ;
Mon regard se remplit des grâces sur ma route…
De ma lyre affidée se répand un accent :
Une note sensible, éperdue, qui consent
Aux pulsions des mots une valse de rimes.
Discrètement conquis au Temps je me blottis,
Je nimbe mon esprit de pensées magnanimes,
Pour fomenter des vers auxquels je m’investis.
MON COEUR S’EMEUT D’ÉCHOS
Érables agitant leurs feuilles écarlates,
Et jaunes éclatants des trembles imposants,
Sous le soleil du soir, aux rais dépaysants,
Ornent l’émotion de pensées délicates.
Bocage frémissant au concert des sonates
Du vent et des oiseaux, aux doux accents plaisants,
La forêt de l’automne aux charmes apaisants,
Découvre ses couleurs, en trace les stigmates.
Et dans un rituel bien commémoratif,
Propice, en ce miroir, au rêve perceptif,
Les instants sont figés de saisie impalpable.
Mon cœur s’émeut d’échos, au lustre enrubanné,
Dans un désir jaloux et indéfinissable,
Tandis que je franchis le brome satiné.
REPENTANCE
Seigneur que le salut de mon cœur et mon âme
Interrogés au seuil de quelque impiété,
N’irrite au jugement ton regard de bonté,
Si j’ai péché parfois, qu’aujourd’hui je me blâme.
Ma foi, comme un mortel, qui au désir se pâme,
Et s’égare au désert, dupant la vérité,
Au chimérique appel, et dans l’inanité,
A brouillé ma raison d’une apparence infâme.
Je t’écoute, mon Dieu, et mon œil clairvoyant,
Repentant, inspiré dans l’aveu d’un croyant
Qui n’aurait dû douter de divine latrie.
J’ai guéri de mes maux, je m’en suis dépouillé ;
La lumière a chassé de mon âme assombrie
Le doute… et il me faut être encor conseillé.
SOIR D’ÉTÉ
Dans l’alanguie douceur d’un soir de plénitude,
Où l’âme est attendrie, vit amoureusement,
Le rêve enveloppé dans la béatitude,
Voir fleurir les pensées s’y brodant galamment.
Le ciel va très bientôt, dans son infinitude,
Se couronner d’éclats aux teintes diamant,
Tandis que Séléné, selon son habitude,
Traversera la nuit, glissant docilement.
Les parfums éthérés échappés des maquis,
Arômes délicats, s’entremêlant, exquis,
Diffusent, capiteux, leur nectar magnanime.
Et les fleurs assoupies aux jardins des velours,
Corolles repliées au biotope intime,
Dodinent mollement sous la brise aux entours.
D’UN INVISIBLE ARCHET…
Je vais par les sentiers chargés de l’émeraude
D’une flore innombrable occupant la forêt,
Échappant aux touffeurs dont le bois me soustrait,
Et où au chant de paix mon esprit s’accommode.
Pas un bruit, si ce n’est le charmant épisode
Du trille des oiseaux, auquel mon intérêt
Y cueille intensité, et mon cœur guilleret
En savoure l’instant, lyrique comme une ode.
J’invite tous mes sens dans ce doux promenoir,
Quand l’heure s’énamoure, et pour mieux m’émouvoir,
M’offre sa poésie qui farde la nature.
D’un invisible archet qui chante la couleur,
Les arbres, les ruisseaux : leur belle architecture,
J’écoute et j’apprécie ce calme ensorceleur.
DANS LES GORGES DU TARN
Le Tarn, ses affluents, la Dourbie et le Jonte,
Bordé de hauts plateaux, fiers et majestueux,
Ses gorges dédiées aux sentiers tortueux,
Où l’eau limpide court au relief qu’elle affronte.
Incroyable beauté, sauvage, où se confronte
A-pics forts érodés aux aspects curieux,
Et vastes étendues aux tons harmonieux
Quand le ciel tourmenté vers les hauts cols remonte.
Un vautour moine plane, aux rémiges tendues,
Emporté par les vents, ajoute aux points de vues
La fascination des infinis massifs.
Au bas, dans la vallée, aux bermes très fuyardes,
Les vastes bergeries et fermes caussenardes,
Offrent leurs toits de lause aux gris perle intensifs.
GÊNES EXQUISES
Valéry tu parlais de ces « gênes exquises » :
Ces fers qui, par Boileau, ont enchaîné nos mains,
Mais ne meurtrissent point si les soucis sont maints,
Tant ils forgent beauté dans les valeurs acquises.
Le riche alexandrin, dont nos plumes soumises
Aux contraintes des lois en doctes tournemains,
Toujours harmonieux, ornant nos parchemins,
Ne s’accommode pas de notes imprécises.
Dès lors que les accents aux efforts réguliers,
Constellent un beau mètre aux sons si familiers,
Un ou deux « e » muets donnent des chants suaves.
Ses aléas formels, admirés, redoutés,
Dotent d’un souffle heureux nos vers libres-esclaves,
Ennoblissant les mots aux attraits hérités.
TOUJOURS LONG OU BIEN TROP COURT
L’art paraît toujours long et le temps bien trop court ;
Pour en savoir plus long et couper court au doute,
À plus ou moins long terme il nous faut le concours
D’un long raisonnement, crédible, somme toute.
Pour n’être pris de court tout au long d’un parcours,
Ou être à court d’idée faute d’être à l’écoute,
Dans un long processus qui pourrait tourner court,
Pour ne demeurer court : suivons la bonne route.
On en apprend plus long, et on court moins de risque
Si forcément plus long on y réfléchit, puisque
Les actes, on sait, sont courts, les entractes plus longs.
On court toujours sa vie au sens de quelque chose,
En une longue attente, et, si nous le voulons,
En y pensant tout court au long rêve on s’expose.
OÙ ? QUAND ? COMMENT ? POURQUOI ?
Ou ? quand ? comment ? pourquoi ? cela vaut quelque glose,
Qui à défaut d’offrir un propos inductif,
Me conduit à penser, et sans être objectif,
Au dessein amusant que je vois dans la chose.
Commençons par le « où ? » : je n’en sais pas grand-chose,
Toujours interrogeant mais restant évasif,
Puisque dans son emploi rien n’est définitif…
Jamais la question ; j’avoue ne m’indispose.
« Quand ? » est un mot bien vague et ardu à gérer,
Puisque je ne connais son moment à œuvrer,
La notion de temps sur moi n’aura d’emprise.
« Comment ? » eh oui, comment si on ne le sait pas,
Se triturer l’esprit, ignorant ce qu’on vise ?
« Pourquoi ? », là je le sais : en paix c’est plus sympa !
J’ECOUTE CETTE VOIX…
J’écoute cette voix de divine éloquence,
Qui d’aimable douceur m’instruit méditatif,
Source de probité dont le fond intuitif,
Révèle des valeurs pourvues de tolérance.
Mon Dieu, qu’en ta bonté unie à la clémence,
Tes propos d’onction m’éclairent si, pensif,
En mon incertitude et dans mon cœur plaintif,
Je me perds à douter avec intempérance.
De tes Autels j’entends l’angélique discours,
Et j’exprime en ton nom un altruiste recours,
Pour que dans la vertu je brise enfin mes chaînes.
En mes regards je loue l’envie à ta grandeur,
Car je sais que bientôt, l’une des fois prochaines,
Mon âme à ton esprit y confiera son cœur.
UN BONHEUR MUET
Dans le soir vaporeux d’effluves parfumées,
Que les troublants lilas, aux portes des jardins,
Libèrent, languissants, dans les vertugadins,
Mon âme s’illumine à l’abri des ramées.
Ô ! moments délicats de splendeurs réclamées,
Gorgés de poésie et de charmes divins,
Dont les couchants de mai aux tons incarnadins,
Pénètrent mon esprit de ces fresques aimées.
Dans mon palais de rêve où tout devient grisant,
Tel un ruisseau d’argent qui se meut, apaisant,
Fluent de cléments schémas aux séquences fleuries.
La flore recueillie, circonspecte s’endort ;
Genets, cistes, iris, dans leurs coquetteries,
Ont ce bonheur muet de mes sens en accord.
SANS DESSUS DESSOUS
Tout ce qui peut paraître au-dessus de nos forces,
N’est pas absolument impossible à gérer ;
Pour n’avoir le dessous, sachons considérer
Là-dessus qu’il faut faire aussi quelques entorses.
Sans agir en dessous : suivre les idées-forces,
Pour prendre le dessus, et, sans désemparer,
S’élever au-dessus, sachant bien démarrer,
Pour n’avoir le dessous qui nouerait ses amorces.
On ne pourra jamais être au-dessus du tout,
Car toujours, en dessous, on y joue son va-tout ;
Reste à ne pas sombrer au-dessous de soi-même.
Il y a des dessous au-dessus des valeurs ;
Si, sans dessus dessous, on met pied au problème,
Au dessous de l’espoir les effets sont trompeurs.
LE BEAU ET LE LAID
Si l’on revoit deux fois pour voir à peu près vrai,
On ne voit qu’une fois pour voir ce qui est beau ;
Dans un monde si laid le bienfaisant flambeau
Du beau est étonnant d’autant qu’il est discret.
Qu’il est beau de savoir qu’auprès du laid l’attrait
Du goût, du séduisant, garde son statu quo,
Sachant, qu’hélas, le beau nourrit le quiproquo,
Cachant quelque laideur quand il devient abstrait.
Ce qui est beau ou laid germe dans nos idées,
Et c’est déjà fort beau qu’aux raisons accordées,
Il nous reste le choix dans un beau compromis.
Les vérités, souvent, sont gênantes et laides ;
L’on peut avoir beau jeu de s’y sentir soumis ;
L’aide est uniquement qu’avec les beaux remèdes.
…Quelquefois ce qu’on croit n’est pas la vérité.
CE CHARME INDEFINI…
J’ai longé le cours d’eau aux berges habillées
De ronces et de pins qui, sous un dais prasin,
Filtrent les rayons d’or du soleil souverain,
Donnant mille reflets sous les denses feuillées.
J’ai humé le parfum aux douceurs emmiellées
Des frêles seringats voisinant le fusain,
Peuplés de passereaux au gazouillis serein,
En guidant mon errance aux grâces octroyées.
Cette lente douceur me comble d’agrément
Au charme indéfini, musical sentiment,
Que j’emporte avec moi dans le ciel de mon âme.
Le Nature me tient, saisissant parangon,
Et je poursuis d’instinct, en mon cœur qui s’enflamme,
Ce périple d’amour dans un état second.
LE MONDE EST UN MIROIR…
La main du Créateur a moulé la Nature,
En de secrets accords dans l’ordre originel,
Composant de ses doigts l’élément fraternel
Né de l’unicité, mystique architecture.
Le monde est un miroir, l’homme en est la bouture,
Cultivant l’héritage, où, devant l’Éternel,
Il sert l’ample dessein dans le spirituel,
En l’amoureux transport dont il est la texture.
Dieu ne nous affranchit de nos doutes épars,
Dont l’humaine impuissance a dressé ses remparts,
Que si le cœur ressent avant que l’esprit pense.
Un frivole intérêt, enveloppant nos yeux,
Dupe la probité, disgracie la créance,
Si au val de la foi nous restons factieux.
L’ARRIVEE DU PRINTEMPS
Les encens colportés en de subtils arômes,
Caressent la vallée sous l’éther rubescent,
Dans l’air se dissocient au soleil fléchissant,
Quand dans l’exil du cœur mes sens sont autonomes.
Le printemps orchestrant ses plus suaves psaumes,
Répand au renouveau les sons s’enrichissant
De friselis feutrés au soir rafraîchissant,
Quand les tons s’atténuent et obombrent les chaumes.
Aquarelles pourprées, paysage fleuri,
Magnétique décor de nature nourri,
Ô mon âme, au portail des habits je veille.
Aussi chaud qu’un baiser, l’effleurement du vent,
Poétique présent qui me ceint sous la treille,
Peuple ma solitude en égards, connivent.
AU COUCHER DU SOLEIL
Le parfum persistant du myrte fleuronnant
Dans les bosquets jonchés d’un feuillage innombrable,
S’attarde en des vapeurs au charme pénétrable,
Et se répand, le soir, au soleil déclinant.
Avec un soin discret se perd dans le ponant
Le riche aspect feutré d’une essence enviable,
Qu’un astre généreux, au bienfait immuable,
A modelé d’égards, chaque jour, prévenant.
L’horizon s’assombrit dans ses beautés légères,
Dentelles colorées aux ocres familières,
Dont le voile envahit lentement les grands bois.
Les derniers rayons d’or, ondoyant aux futaies,
Inexorablement lancent leurs traits narquois
Sur deux chardonnerets qui s’envolent des haies
ÉVEIL
Dans l’horizon changeant, attiédi, quand renaît
Au vernal le parfum des près verts qu’il habille,
Dans la grâce profonde, à mon œil qui dessille,
Tout est à découvrir, quand bien tout se connaît.
Le baiser du soleil, d’un bienfaisant attrait,
Dépose dans les champs sa galante estampille,
Sourire rassurant, dont la moindre brindille
Apprécie l’avantage et en goûte le trait.
Et j’emporte avec moi, dans mon âme songeuse,
La moisson embellie d’une image amoureuse,
Dont mes regards charmés sont grisés de candeur.
L’éclat incarnadin des roses me caresse,
Quand mes sens en éveil en respirent l’odeur,
Et ce balcon brodé prend forme enchanteresse.

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